Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
A l’heure des grandes révélations de Wikileaks ou du rôle des réseaux sociaux dans les révoltes arabes, parler du "pouvoir" des médias ne semble pas si démodé. Daniel Cornu et François Jost, tous deux spécialistes des médias, ne tombent cependant pas dans le vieil écueil de la diabolisation des médias "tout-puissants" ou au contraire "asservis par les instances politiques". A l’ère des réseaux sociaux, de la nouvelle place accordée au "public" et à ses pratiques, chacun tente à sa manière de définir ce "pouvoir", si celui-ci existe encore. Le livre de Daniel Cornu se place dans une démarche actuelle, qui a le mérite de nuancer toute cette réputation socio-historique des "mauvais médias" influents sur une opinion souvent bêtifiée. Il amorce ainsi le livre de François Jost qui va renverser le problème en s’occupant avant tout de notre relation aux médias et donc des "publics" autonomes et aguerris. Aux chapitres bien agencés du livre de Daniel Cornu répondent les questions innombrables de François Jost. Comme si finalement on ne pouvait aujourd’hui que s’interroger encore et toujours sur le pouvoir des médias afin de tenter d’en cerner les contours.
L’intérêt des deux études est de redonner au "public" et non plus à la "foule" une place essentielle dans le pouvoir des médias. Elles se placent ainsi dans la récente tradition des cultural studies, que ce soit en revenant sur l’idée de "média de masse" et de son emprise sur les foules ou au contraire sur le rôle actif du public aujourd’hui face à la télévision. La phrase de François Jost, "nous sommes responsables de notre télé", prend alors toute son ampleur dans cette perspective, et le rôle des médias se joue sur deux versants : la manipulation est-elle encore présente ? Comment est-elle reçue ? Que font les gens des "médias" aujourd’hui ? Sont-ils passés du statut de "consommateur passif" à celui de "récepteur actif" et même "critique" ?
Quel(s) pouvoir(s) ?
L’un s’intéresse aux mécanismes, à travers un panorama sociologique et historique dans son livre Les médias ont-ils trop de pouvoir ?, l’autre aux modes de production, effets et usages de ce "pouvoir", dans un questionnement sur notre relation aux médias à travers l’ouvrage Les médias et nous. Un constat domine chez les deux, le pouvoir des médias est bel et bien présent mais diffus, et difficile à définir ou évaluer. Si l’omniprésence des médias est avérée (surtout la télévision comme le montre François Jost), leur pouvoir l’est moins. D’une part parce que les multiples supports médiatiques rendent difficile aujourd’hui de parler d’un "pouvoir" univoque des médias. Mais aussi parce qu’il est pluriel et multiforme. De quel pouvoir parle-t-on ? Daniel Cornu tord le cou dès le début de son livre à la vieille idée des médias comme "quatrième pouvoir" car cette formule sous-entend une "force d’exécution" que les médias ne possèdent pas. De plus, cette notion de quatrième pouvoir se cantonne à l’idée du média comme contre-pouvoir politique, ne permettant pas d’élargir la théorie.
L’étude de Daniel Cornu revient à la rigueur historique de l’étude des évolutions de ce "pouvoir des médias". Evitant les idées préconçues dès le début, il parle cependant bien des grandes théories de l’Ecole de Francfort sur les masses en montrant leurs conséquences sur la vision des médias, à la fois comme vecteurs de la propagande et manipulateurs. Dans son second chapitre "Sur les mauvaises ondes de la propagande" , il montre ainsi comment le prétendu pouvoir des médias en temps de guerre est limité. "L’avènement de régimes totalitaires fausse le débat sur le pouvoir des médias. Réduits à n’être que des porte-voix, les médias peuvent-ils encore être considérés en termes de pouvoir ?" . Cette idée débouche alors sur une théorie des "effets puissants des médias" et donne naissance à une école critique issue du marxisme qui viendra démontrer le pouvoir offensif des mass media comme "injecteurs d’idées " et "instruments de domination" , ce qui engendre un "lourd héritage" pour les médias qui mettront du temps à se débarrasser de cette réputation. A toutes ces idées répondent en effet dès les années 50 des contre-thérories "antidotes" comme le dit Daniel Cornu qui, en s’intéressant à l’interprétation du message, à ses modes de réception, viennent relativiser les théories précédentes. Du "flux de communication à deux temps " .
Ces théories et contre-théories font ainsi émerger les "publics" qui se constituent progressivement et donnent lieu à une réflexion sur le "réel" pouvoir des médias. Dans son dernier chapitre, "Les gens n’ont pas dit leur dernier mot" , Daniel Cornu montre comment l’exposition grandissante des modes de fonctionnement des médias (cadrage, agenda, neutralité) ont changé la donne et leur relation avec le public. "Pour chaque individu, plusieurs réseaux de relations interpersonnelles coexistent et se superposent, selon les domaines, les circonstances (…). L’influence des médias reste ainsi fragmentée, diffuse, capillaire, comme accidentelle." Revenant sur les thèses actuelles qui mettent en avant les divers modes de réception du message médiatique, Daniel Cornu n’évacue pas la thèse d’un pouvoir mais pose bien la question de sa définition.
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clarisse