On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Actes des colloques organisés par la BPI en janvier et novembre 2007 au Centre Pompidou à Paris, ce volume Reproduire le genre, fait suite à celui issu du premier colloque, intitulé Genres et sexualités, paru en 2009, également aux éditions de la BPI .
Il rend compte des contributions de chercheurs philosophes, sociologues, historien, juriste, psychanalyste et anthropologue . Ces contributions variées sont organisées en trois parties : le genre de la reproduction, l’ordre de la famille et de la parenté à la parentalité.
Qu’est-ce que la filiation ?
En quoi la reproduction est-elle l’affaire de la nation ? Question convenue, qui semble ne regarder que les politiques natalistes, et néanmoins complexe comme en témoignent les contributions diverses à ces actes de colloque qui traitent autant de la contraception féminine et masculine par les identités respectives qui s’y jouent, du droit à l’assistance médicale à la procréation, de la valeur normative des liens du mariage et du pacs au regard d’une filiation légitime, de l’ordre familial matriarcal ou patriarcal que d’une filiation naturelle garante d’une soi-disant identité nationale.
Définir le genre de la reproduction consiste alors à dérouler la filiation, ce qui détermine un lien de parenté entre deux personnes. On est ou bien parent ou bien étranger disait Claude Lévi-Strauss. Déterminer les conditions d’accès au statut de parent revient alors à encadrer le groupe social que constitue la nation. Définir qui est parent, qui peut devenir parent, représente un enjeu politique et largement idéologique de définition d’un lien de sang, le sang qui coule dans les veines des familles, le sang de la nation : "C’est le sang familial qui définit le lien national" écrit Eric Fassin . Prenant appui sur l’amendement 36 de la loi sur l’immigration de 2007 qui demande aux immigrés candidats au regroupement familial de rendre compte génétiquement de leur filiation, il montre comment "on biologise la filiation nationale" .
De même, Daniel Borrillo explique que la filiation est le lien juridique correspondant à la parenté. La filiation, en tant qu’elle "est déterminée par la norme juridique et non par la biologie" est donc une "question éminemment culturelle" . La parenté est distincte de la parentalité qui est l’équivalent juridique de l’autorité parentale. Borrillo pointe, à partir de cette distinction, le creuset du refus aux couples de même sexe de l’accès au statut de parent ("pas d’adoption plénière pour les couples de même sexe, pas d’accès à l’AMP, pas d’adoption de l’enfant du conjoint, pas de présomption de paternité, pas d’accès aux maternités de substitution" ). Seule l’autorité parentale peut être exercée par le conjoint d’une mère ou d’un père homosexuel "dans l’intérêt supérieur de l’enfant" . Accorder des fonctions parentales aux couples homosexuels sans établir de liens de parenté par la filiation juridique, c’est produire "une naturalisation du couple hétérosexuel comme fondement de la filiation" , c’est donc "préserver la prééminence procréative de l’hétérosexualité" .
L’enjeu du mariage homosexuel rejoint alors celui de la filiation de l’immigré, il s’agit pour Eric Fassin de la même question : "la famille et la nation sont-elles fondées en nature, ou pas ? […] L’enjeu politique de la norme hétérosexuelle est bien là aujourd’hui" .
Par ailleurs, dans une perspective anthropologique sur les rôles parentaux , Marika Moisseeff rappelle les deux fonctions parentales : nourricière et filiative. La fonction filiative repose sur une fonction parentale assumée, c’est-à-dire qu’être parent, c’est permettre à son enfant de devenir parent après être devenu lui-même ). Or, dans les sociétés, comme la nôtre, où la fonction parentale n’est que nourricière, les relations parents/enfants se disent "en termes de dépendances matérielles" . Son constat d’une difficulté de cette relation des parents à leurs adolescents tient à l’inexistence d’une définition claire de ce qu’est être adulte. De là un passage d’une fonction nourricière à une fonction filiative, c’est-à-dire d’une "légitimation sociale des individus à devenir père et mère" qui, chez nous dit-elle, fait défaut. Peut-on alors parler d’une vocation des relations de parenté, qui reposerait essentiellement sur la transmission d’une génération à l’autre, transmission non seulement du pouvoir reproducteur, mais aussi transmission du pouvoir producteur des structures propres à sa génération ?
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