On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Les performances de la France en matière d’emploi sont particulièrement médiocres. On met régulièrement cela sur le compte d’un soi-disant mal français, et de comportements et d’institutions inadaptés, on a tort. Car la faute en incombe en réalité aux erreurs des politiques économiques menées depuis quarante ans, explique l’auteur , qui continuent de produire leurs effets délétères.
L’une des plus lourdes de conséquences est la manière dont Raymond Barre a cherché à résoudre le chômage des jeunes à partir de 1977 avec les "pactes pour l’emploi" et leurs stages et contrats à durée déterminée, subventionnés par l’État, orientés de surcroît vers les emplois manuels, qui ont instauré la précarisation dont les jeunes souffrent encore aujourd’hui.
L’autre erreur majeure de ces politiques est de ne pas avoir investi suffisamment dans la recherche quand la plupart des autres pays de l’OCDE l’ont fait dans les années 1990 et 2000, et plus généralement de ne pas s’être projetées dans l’économie de la connaissance pour se demander quels besoins et quelles opportunités elle ouvrait.
Disons d’emblée que, trop peu systématique, la démonstration de Philippe Askenazy ne nous paraît pas totalement convaincante, en premier lieu parce qu’il omet de nous dire ce qu’il faudrait garder, selon lui, des politiques de l’emploi ou, ce qui revient au même, quelles conséquences précises il conviendrait de tirer de ses analyses les concernant pour les prochaines années, en attendant de toucher les bénéfices de la stratégie industrielle qu’il préconise. Par ailleurs, chercher à améliorer le fonctionnement du marché de l’emploi pour réduire le chômage est-il réellement devenu une chose vaine ? D’autres références théoriques que les modèles les plus usités, comme les marchés transitionnels au premier chef, ne gardent-ils pas quelque intérêt ? Il reste qu’il s’agit d’un livre tout à fait intéressant à la fois par l’ampleur de la période couverte et les questions qu’il soulève.
Erreur de diagnostic, stigmatisation et précarisation
La crise des années 1970 marque l’entrée dans une phase de transition entre deux révolutions industrielles. Le retour à une croissance soutenue, tirée par les gains de productivité, a pris une trentaine d’années, entre le milieu des années 1960 et celui des années 1990. Il est passé par une refonte de l’organisation du travail et des entreprises, une intensification du travail et une précarisation des emplois, qui se sont diffusées à partir des États-Unis à l’ensemble des économies industrielles. Ces changements organisationnels et technologiques, biaisés en faveur des plus qualifiés et couplés à des changements institutionnels (désyndicalisation, financiarisation de l’économie, concurrence internationale) ont également induit une forte hausse des inégalités de salaire dans la plupart des pays de l’OCDE.
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