On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Dans cet ouvrage à la première personne, Daniel Cerdan, ancien membre du GIGN , nous livre moins des informations croustillantes sur ce groupe qu’un récit de son propre parcours professionnel, ce qui, d’après la quatrième de couverture, ne semblait pas d’abord en constituer l’intérêt majeur. Les onze chapitres suivent davantage un fil autobiographique, assorti, il est vrai, de commentaires plus ou moins pêle-mêle sur le GIGN lui-même, une vision patriotique de l’Etat ou encore les réformes actuelles de la gendarmerie.
L’ouvrage est centré de bout en bout, excepté pour le quatrième chapitre, sur l’ascension professionnelle et les émotions de Daniel Cerdan. Il s’ouvre d’ailleurs avec le récit de la naissance de sa vocation, déclenchée par la vue des gardes républicains lors de l’enterrement du Général de Gaulle. Ces souvenirs, entre les jeux d’enfants et l’écolier moyen, sont plaisants et assez brièvement évoqués. S’étend ensuite tout le parcours de l’auteur : son entrée dans la gendarmerie mobile, qui assure le maintien de l’ordre et permet une meilleure évolution sociale, puis la première fois où il entend parler du GIGN et se prend à y rêver, son entrée dans ce groupe d’exception et son départ douze ans plus tard. Entre temps, il assurera la protection de François de Grossouvre pendant douze ans et découvrira lui-même son suicide.
Comme le laisse pressentir le titre, l’ouvrage fournit toutefois des éléments objectifs sur la gendarmerie et plus spécialement le GIGN, son historique, les conditions et les épreuves pour y entrer, l’état d’esprit qu’on y rencontre. Cerdan décrit ainsi le quotidien d’une caserne, les chambres, le confort limité, la rigueur et la discipline exigées. Plus tard, il évoque de façon ludique les tests physiques et jeux de rôle. Enfin, il détaille le protocole de sécurité mis en place matin et soir pour F. de Grossouvre. Le septième chapitre est sans doute le plus intéressant avec des descriptions détaillées et vivantes d’interventions du GIGN, dans différents cas de figure, tant pour des drames familiaux mettant en cause des enfants que pour des criminels reconnus ou des crises indépendantistes, et dans lesquelles l’auteur parvient à faire sentir tout l’enjeu, la tension, et le risque de traumatisme pour les gendarmes mobilisés.
Malheureusement les informations sont assez souvent éparpillées. Mais surtout l’auteur peine à choisir les détails importants et s’arrête sur des éléments annexes, peu intéressants pour le lecteur. Dans le cinquième chapitre, il décrit ainsi longuement un combat de boxe, à l’aide de phrases nominales et courtes et d’onomatopées qui finissent par agresser le lecteur.
L’auteur nous livre également des éléments de réflexion, sur les motivations et les fondements desquels on est contraint de s’interroger, et qui semblent confiner parfois à l’expression d’une vexation.
Certaines assertions, très claires, sont particulièrement convaincantes et donnent envie au lecteur de se renseigner davantage. Le quatrième chapitre est ainsi consacré au projet de loi de 2009 relatif au rapprochement entre police et gendarmerie, dont les missions étaient à l’origine bien distinctes. Cerdan dénonce notamment l’inégalité des traitements et le statut précaire des gendarmes, les cruels manques de moyens de la Grande Muette qui compte sur la vocation et l’abnégation de son personnel. Il regrette que même le ministère de la Défense ne soit constitué que de représentants civils et jamais des rangs militaires, et évoque la menace de l’avènement d’un Etat policier.
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