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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Littérature buissonnière
[mardi 15 février 2011 - 09:39]
Littérature
Couverture ouvrage
Le Palais des livres
Roger Grenier
Éditeur : Gallimard
164 pages / 15,68 € sur
Résumé :  Qu'est-ce que la littérature ? Pourquoi et pour qui écrit-on ? Roger Grenier nous livre son témoignage.
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Pour faire comprendre à une femme qu’il s’intéressait à elle, François Mitterrand avait pris l’habitude de commencer par lui offrir un exemplaire de Belle du Seigneur d’Albert Cohen. Roger Grenier nous dit tenir l’anecdote du libraire du président. Cet usage détourné de la littérature est l’un des nombreux thèmes abordés des neuf essais – quatre d’entre eux précédemment parus dans La Nouvelle Revue de psychanalyse et dans La Nouvelle Revue des sciences humaines – que rassemble Le Palais des livres.

Le premier, “Le Pays des poètes”, expression que Stendhal appliquait à l’Italie, “pays où l’on sent le plus”, traite du fait divers et de ses rapports avec la littérature. Les exemples ne manquent pas et certains – Delphine Delamare, modèle d’Emma Bovary, Antoine Berthet de Julien Sorel – sont bien connus. En revanche, il n’est pas sûr que le meurtre de Laïos par Œdipe entre dans cette catégorie ; on soutiendrait même, au contraire, que mythe et fait divers sont antinomiques. Suit un panorama de l’attente, d’Homère à Beckett et jusqu’à Jacques Brel. Le troisième chapitre, “S’en aller”, a pour point de départ la célèbre affirmation de Baudelaire dans sa préface aux Histoires extraordinaires d’Edgar Poe selon laquelle il manque à la Déclaration des droits de l’homme le droit de se contredire et celui de s’en aller ; s’en aller, c’est-à-dire, comme Nerval, Pavese, Romain Gary ou Montherlant, tous évoqués ici, se suicider. Pour ce qui est du droit d’auto-contradiction, Roger Grenier rappelle judicieusement que l’évolution de nos goûts nous amène à changer d’opinion sur des œuvres – ou des auteurs – jadis aimés, comme, dans son cas, Alphonse Daudet et T.E. Lawrence .

“Vie privée” nous amène à la question, si éloquemment posée par Proust dans Contre Sainte-Beuve, des rapports entre la personne de l’écrivain et son œuvre, et par conséquent de l’intérêt et de l’utilité de connaître celle-là pour éclairer celle-ci. Roger Grenier a d’ailleurs raison de souligner qu’à cet égard Proust n’est pas la meilleure illustration de sa propre théorie. Nierait-on que notre lecture de la Recherche, loin d’être faussée, est enrichie par la lecture de l’édition Kolb de la Correspondance et la magistrale biographie de Jean-Yves Tadié  ? Ce chapitre, le plus long du livre, évoque également la narration à la première personne, du lien entre roman et mémoire, du roman à clé. Plus brièvement, la section “Écrire l’amour, encore...” pose, une fois de plus, la question de l’amour comme thème d’inspiration littéraire. La nouvelle, genre que Roger Grenier a beaucoup pratiqué (plus d’une centaine, nous dit-il), fournit la matière de l’essai suivant, joliment intitulé “Une demi-heure chez le dentiste”. Les septième et huitième chapitres, “L’inachevé” et “Ai-je encore quelque chose à dire ?” dont deux manières de discuter d’un même thème dans ses formes diverses, de Chateaubriand à Schubert et de Camus à Nabokov. “Pour être aimé”, enfin, propose une réponse, ou plutôt une série de réponses possibles, à l’éternelle question, qui revient d’ailleurs d’un bout à l’autre de l’ouvrage : “Pourquoi écrit-on ?”

Titre du livre : Le Palais des livres
Auteur : Roger Grenier
Éditeur : Gallimard
Date de publication : 13/01/11
N° ISBN : 2070131424
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