On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

L’ouvrage de Sylvie et Dominique Mennesson est assurément un ouvrage militant. Les auteurs de La gestation pour autrui. L’improbable débat s’emploient à convaincre le lecteur de la légitimité et de l’opportunité de légaliser cette pratique en France, et ne s’en cachent pas. Rien d’étonnant dès lors qu’ils ont eux-mêmes eu recours à cette pratique, il y a maintenant un peu plus de dix ans, en Californie. Dix ans pendant lesquels ce couple, en même temps qu’il vivait une aventure judiciaire pour le moins rocambolesque, s’est efforcé de faire entendre la voix de ceux qui comme eux, sont confrontés à l’infertilité utérine, notamment en fondant l’association C.L.A.R.A. .
Leur ouvrage retrace l’évolution du débat sur la gestation pour autrui (GPA) depuis les années quatre-vingt, et leur expérience de ce débat depuis le début des années deux-mille. Il est aussi l’occasion, pour les auteurs, de régler leurs comptes avec certains acteurs de ce débat, non sans une certaine véhémence. Pour le lecteur, il présente une rétrospective, certes orientée, mais assez complète, des différents discours que l’on a pu entendre sur le sujet. Cette présentation n’est pas exhaustive, et les auteurs le précisent. Elle confine parfois à la caricature. Mais si les auteurs ne prétendent pas être objectifs, ils livrent de longues citations de ceux qu’ils contredisent, et s’appliquent à donner de nombreuses références, dont beaucoup renvoient à des documents en ligne, facilement accessibles. Le pluralisme du débat, qu’ils reprochent à leurs contradicteurs de n’avoir pas favorisé est assez bien respecté. Sont offerts au lecteur les outils pour se faire sa propre idée ce qui, indéniablement, n’est pas toujours le cas dans les écrits sur le sujet.
Ainsi, ce livre est une réponse aux détracteurs de la gestation pour autrui dont les auteurs, au fil des pages, déconstruisent un à un chacun des arguments. Cette déconstruction s’accompagne parfois de l’expression d’une certaine rancœur, plutôt compréhensible lorsque l’on constate la violence des propos tenus par quelques uns des opposants à la légalisation de cette pratique. Une réponse, donc, guidée par les convictions de Sylvie et Dominique Mennesson, mais une réponse construite, solidement argumentée. Ils défendent une cause, celle de la légalisation de la GPA, mais aussi celle de la transcription, sur les registres de l’état civil français, du lien de filiation entre les enfants nés d’une GPA régulièrement pratiquée à l’étranger, dans un pays qui l’autorise, et leurs parents d’intention. A l’heure actuelle en France, cette transcription est refusée. La filiation ne peut être établie, à l’état civil français, qu’à l’égard du père. Cette situation est contestée par les auteurs, qui appuient leurs propos sur les démonstrations de juristes.
D’une manière générale, les arguments opposés à ceux des détracteurs de la GPA sont souvent ceux de spécialistes : médecins, psychanalystes, sociologues, juristes. Les auteurs, tant par leur expérience personnelle que par leur engagement associatif, sont sans doute devenus des spécialistes de la question. Ils se sont rendus en Californie il y a maintenant dix ans, et ce temps écoulé a certainement abouti à la maturation d’une réflexion, dont on peut supposer qu’elle n’a pas débuté avec la naissance de leurs filles mais bien avant. Ils auraient probablement pu trouver la matière d’écrire un ouvrage avec leurs propres arguments. Mais ils ont plutôt choisi de rapporter, en les commentant, les propos des acteurs du débat, d’utiliser des sources identifiables, vérifiables et dont la légitimité scientifique n’est pas soumise à caution. La poursuite de cette démarche fait de ce livre non seulement un ouvrage accessible au grand public, mais aussi, dans une certaine mesure, un outil de recherche, notamment en ce qui concerne les travaux menés à l’étranger. Ceci nous conduit à en recommander la lecture à toute personne qui s’intéresse aux questions posées par la gestation pour autrui.
3 commentaires
BXXmmaDe
flo
A lire, absolument.
Sylvain Reboul
1) que ce don qu'est la GPA soit reconnu comme don libre et gratuit et non pas comme échange marchand (ce qui n'implique pas le refus d'un contre-don sous forme d'indemnités non négociables)
2) que l'état de santé de la donneuse soit l'objet d'un suivi et d'une compensation éventuelle en cas de conséquences nuisibles sur la santé
3) que ce don soit dépourvu de toute définition juridique de parentalité.
Quant à l'argument homophobe qui consiste à prétendre que les enfants seraient sociologiquement en danger par le fait de la non-acceptance de l'homoparentalité par l'entourage élargi, il se combat comme se combat l'homophobie: par la revendication de l'égalité des droits des enfants et des parents, quel que soit leur sexualité personnelle et leur genre sociologique, quitte à remettre en question la notion de genre elle-même, toujours peu ou prou discriminante...