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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Du réveil tardif de la société civile cachemirie
[jeudi 10 février 2011 - 13:00]
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Dans le premier chapitre de son ouvrage intitulé In the Valley of Mist  , la journaliste Justine Hardy a recours à une forme d’allégorie, celle du phéran, cette longue tunique de drap de laine dont les Cachemiris s’emmitouflent l’hiver. L’auteure vise à montrer que le mouvement qui éclata dans la Vallée du Cachemire, à la fin des années 1980, toucha sa population jusque dans la symbolique vestimentaire. Chacun, indique Hardy, avait eu une manière particulière de porter le phéran ; les quelques variantes dans la coupe permettaient d’échapper à l’uniformité. Ne négligeant pas les devoirs qui pouvaient découler de leur position hiérarchique au sein de l’unité familiale, les hommes s’attachaient à se donner un genre. La richesse du tissu du phéran était, en outre, un témoignage de l’appartenance aux strates sociales les plus aisées. La gent féminine y ajoutait volontiers des broderies. Tous - en se déplaçant - portaient d’une main, à l’intérieur du phéran, une kangri, petit brasero qui contient des cendres incandescentes et permet de faire face à un froid rigoureux.

Le phéran masculin fut la cible de la vindicte des forces de sécurité indiennes qui estimèrent qu’il constituait l’instrument par excellence auquel les militants pouvaient aisément recourir, afin de transporter, sans risque, armes et explosifs. La rumeur, semble-t-il, informa la population masculine que le port du phéran était déconseillé, à moins que l’un des côtés ne fût remonté à la manière des tongas  . S’agissait-il aussi d’une volonté d’humiliation, les tongas étant de caste et donc de statut inférieurs ? Hardy, pour sa part, s’interrogeait sur ce choix arbitraire, signalant que les amples shalwars kamiz traditionnels   étaient une cachette tout aussi indiquée.

La longue période de militance armée et la cohorte de mesures répressives qui vinrent hanter la Vallée du Cachemire poussèrent les femmes des villes  , en particulier les habitantes de Srinagar, à troquer leur phéran aux couleurs pastels contre une burqa noir  . L’ampleur d’un tel phénomène demeure difficilement mesurable  . Néanmoins les mentalités collectives dominantes en furent - à tout le moins, partiellement - modifiées. D’aucuns, dans la Vallée, attestent aujourd’hui qu’en se couvrant de la burqa, les femmes ont retrouvé le costume originel qu’elles revêtaient jadis : elles font désormais montre d’une réelle modestie  . Une telle lecture résulterait-elle d’ailleurs de la réaction d’une société attachée à la prééminence patriarcale face à un changement qui fut trop soudain ? A la veille de l’éclatement de la militance, les femmes accédaient - au demeurant, bien progressivement - à l’espace public  , domaine réservé des hommes, tandis qu’elles avaient été autorisées, vers le milieu des années 1950, à aspirer aux bancs de l’école voire de l’université   : n’était-ce les importantes contraintes sociales, elles pouvaient - très timidement - envisager d’occuper des emplois de cols blancs, lesquels constituaient l’apanage d’une promotion sociale réservée à de rares élus (masculins) issus de la communauté musulmane  .

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