On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le titre de l’ouvrage de D. Widlöcher est trompeur : il n’instruit en rien sur la pratique même du psychanalyste, sur la "façon de le demeurer". Bien plutôt renseigne-t-il sur l’engagement de l’auteur dans les diverses instances psychanalytiques et recense-t-il les motifs qui l’ont déterminé, dans son existence, à nouer une alliance avec une "corporation" dont il décrit le fonctionnement institutionnel. C’est dire que D. Widlöcher entremêle relation d’un parcours personnel et description d’interventions publiques de sa part, spécifiant ainsi ce qui l’a motivé à accepter tel type de responsabilité – aux dépens d’autres choix - au sein des associations psychanalytiques et de diverses institutions.
Première rencontre rue de Lille et acheminement vers une "psychanalyse psychologique".
Cette "autobiographie" prend sa source dans le rapport à Lacan, dont il suit le séminaire théorique dans le service de J. Delay, qui s’affronta – on le sait - avec le premier sur la question de l’organogenèse ou de la psychogenèse des maladies mentales. Double vie (sinon triple) fort remplie, puisque D. Widlöcher se partage entre psychiatrie, psychanalyse et médecine du travail afin de financer sa propre cure analytique (avec Lacan). C’est Lagache qui supervise les premiers pas du psychanalyste en herbe et catalyse la rupture avec Lacan : devenu psychanalyste à son tour, D. Widlöcher fait part des nombreux rêves transférentiels qui ont accompagné cette émancipation. En décrivant ce qui se passe dans les milieux psychanalytiques, D. Widlöcher nous instruit en fait des enjeux théoriques et pratiques de l’époque : Lagache refuse l’omniprésence de la référence linguistique (ou langagière) revendiquée par Lacan (Discours de Rome, 1953), le rapprochement avec Levi-Strauss, en 1958 : bref, élève de Lacan mais non pas lacanien, tel apparaît désormais D. Widlöcher. Laplanche et Pontalis ont pris leur distance autrement, en élaborant un Vocabulaire devenu décisif. D. Widlöcher manifeste déjà ce qui sera le fil directeur de toute sa vie : établir une passerelle entre domaines théoriques, pratiques hétérogènes, ce qui explique que sa thèse éminemment "psychologique" porte sur Freud et le problème du changement. A D. Anzieu affirmant que les travaux de Widlöcher prolongeaient l’empirisme anglais et la philosophie de Locke en particulier, Lacan répond : "On fait de la psychanalyse, Anzieu, on ne fait pas de la psychologie de la Sorbonne !" (p. 45). Cette réhabilitation de la psychologie intervient dans un contexte composé de deux catégories de praticiens : les psychanalystes psychiatres et les psychanalystes philosophes. Il s’agit donc bien, dans le sillage de Lagache, de "réconcilier" expérimental et clinique, neurologie et psychologie, voire neurosciences et psychanalyse (cf. l’intervention de D. Widlöcher dans l’ouvrage Neurosciences et psychanalyse sous la direction de P. Magistretti et F. Ansermet, 2010). Venu à la psychanalyse par la médecine et à la psychanalyse de l’enfant par la psychiatrie, D. Widlocher se reconnaît ainsi dans la psychologie psychanalytique et se distancie toujours plus d’un Lacan jugé brillant mais peu habilité à pratiquer des "analyses didactiques". On comprend que ces dissensions théoriques (et ces visions incompatibles de la pratique clinique) engendrent les scissions tumultueuses vécues par le mouvement psychanalytique français, à cette époque. La démission en 1953 de la SPP (Société psychanalytique de Paris) de certains psychanalystes (dont Lagache) fait émerger un groupe d’étude à l’intérieur de l’IPA (International Psychoanalytical Association). L’Association psychanalytique de France (APF) était née : Lavie, Laplanche et Widlöcher – qui en prend la présidence en 1971 - en sont les fondateurs, consacrant le "parricide".
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