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La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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L'exception française au miroir de l'Europe
[samedi 05 février 2011 - 15:00]
Europe
Couverture ouvrage
Les Français, des européens comme les autres ?
Daniel Boy, Bruno Cautrès, Nicolas Sauger
Éditeur : Presses de Sciences Po
285 pages
Résumé : Daniel Boy, Bruno Cautrès et Nicolas Sauger publient un très bon ouvrage qui s'attache à cerner la spécificité française en la soumettant au contraste des autres pays européens.
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Introduction : Une anthropologie de l’exception française

L’ouvrage collectif de Daniel Boy, Bruno Cautrès et Nicolas Sauger, publié aux Presses de Sciences Po en juin 2010 est un commentaire critique des données de la récente enquête ESS qui cherche à répondre de l’exception française, dans un contexte européen : l’exception française a-t-elle un sens, une réalité, lorsque l’on compare ce pays au reste de l’Europe ? Dans les domaines où l’on imagine, de façon populaire et stéréotypée, qu’une exception française existe, demeure-t-elle au vue des résultats de l’enquête sociologique effectuée sur l’intégralité de la population européenne ? Qu’est ce que cette exception française, si elle est bien réelle, signifie pour l’Europe et pour la France ? Que peut-on en déduire sur la politique d’intégration de la France dans l’UE ? L’exception française pourrait-elle servir de modèle et donc d’idéal européen ou au contraire, d’anomalie voire de repoussoir ?

Il s’agit pour ces auteurs, « d’opposer une France, dotée de traits originaux, au reste des pays européens, confondus dans un ensemble dont nous serions, par nature, distincts. » C’est Laurent Wirth qui, en 2000, réactualise la notion d’une possible exception française dont il retrace les origines à l’époque de la Révolution française. C’est ainsi qu’a émergé l’idée d’une « grande nation » s’affirmant autour de « l’exception républicaine ». Cela tiendrait peut être à différents éléments notamment l’observation de l’unicité de la France en matière d’Etat centralisateur. Mais en même temps cet héritage est compliqué et paradoxal car l’idée d’une exception française est aussi bien le produit de la République et de son idéal égalitaire que du souvenir et de la nostalgie trébuchante de la monarchie absolue et de l’Empire. D’ailleurs après 1871 la France se plaint assez systématiquement d’une perte de Grandeur, ce que l’on constate notamment suite à la fin de la Première Guerre Mondiale et l’écroulement de son empire colonial. Le sentiment de déclin démographique et économique prend alors le dessus et l’exception française devient alors un passé idéal vers lequel on essaierait de tendre, mais à l’image de la cité parfaite chez les grecs, n’y parviendrons jamais car l’avenir n’est que décadence. L’exception française serait alors un repère dans le passé, signe d’une France qui « résiste au changement ».

Ainsi il est possible, comme le prouve Yves Tinard (2001) de situer et d’expliquer l’exception française d’un point de vue économique : « la clef de l’énigme, c’est l’aversion française à l’égard de la concurrence et donc plus généralement de la compétition, c’est à dire en fin de compte le refus de l’un des principes de base du libéralisme économique. » Les causes de ce phénomène sont probablement multiples et nous les croisons aux confins d’une convergence entre un passé aristocratique, une culture demeurée empreinte d’un catholicisme coupable et frêle devant l’idée d’un échange d’argent, et une organisation corporatiste respectant la nature absolue de l’autorité de l’Etat.

En 2007, Algan et Cahuc publient La Société de Défiance qui explique précisément certains de ces traits de caractère. En effet ils relèvent qu'un défaut de confiance marque les relations sociales en France, ce qui produit une réaction en chaine entrainant notamment un degré notoire d’incivisme. Leur thèse s’appuie sur le constat de l’intrinsèque lien de dépendance entre le corporatisme et l’étatisme qui serait, ensemble, responsables de la défiance ainsi que de l’incivisme que l’on constate en France. Puis, le 23 janvier 2008 est publié le Rapport de la Commission pour la Libération de la Croissance Française, dont Jacques Attali, son président, indique que l’exception française serait un obstacle au retour de la croissance économique du fait de la défiance envers les principes fondateurs du libéralisme qu’elle implique.

L’ouvrage recensé ici présente l’ambition de mener une exploration « systématique et comparative, des attitudes et des valeurs des Français et de celles des autres Européens. La perspective est donc ouvertement placée au niveau des individus et non, par exemple, des institutions ». C’est donc fondamentalement par une approche « micro » que veut se caractériser cet ouvrage, mené comme un commentaire des récentes données de l’Enquête Sociale Européenne, l’ESS, qui, depuis 2002, tentait de compléter les autres outils d’analyse statistique européens, se répétant tous les deux ans et s’adressant à l’ensemble des habitants des pays de l’UE. Cette enquête est louée par les auteurs pour sa richesse et son caractère compréhensif et précis. En effet cette enquête se distingue des précédentes en se concentrant sur trois grands domaines afin d’assurer la qualité et fiabilité des données recueillies : harmonisation de la formulation des questions et leur traduction, nouvelles méthodes d’échantillonnage, et contrôle a priori et a posteriori des conditions de réalisation de l’enquête.

 

Le scepticisme européen

Boy et Chiche définissent le concept de confiance comme étant ce qui « autorise les relations interindividuelles entre personnes qui ne se connaissent pas, mais doivent coopérer notamment pour assurer les échanges économiques. » Différents facteurs peuvent déterminer le degré de confiance qui domine à un niveau collectif dans une société donnée, comme par exemple la proximité religieuse et le type de religion, le protestantisme étant souvent associé à un fort niveau de confiance. La confiance est d’ailleurs au fondement du libre échange, sur lequel s’est construit la démocratie libérale. C’est la substance du contrat social.

Titre du livre : Les Français, des européens comme les autres ?
Auteur : Daniel Boy, Bruno Cautrès, Nicolas Sauger
Éditeur : Presses de Sciences Po
Collection : Sociétés en mouvement
Date de publication : 01/06/10
N° ISBN : 978-2724611618
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1 commentaire

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Un collègue de Sc-po

18/03/12 09:02
Quid du nombre de Communes sur le territoire national, que l'on dit être supérieur à celui de l'ensemble des autres pays de l'UE ?
Quid de la proportion d'habitants se déclarant "sans religion" -à savoir la majorité des Français- par comparaison avec le reste du monde ?
Quid de l'idéal et du principe constitutionnel de laïcité ?
Quid de l'attractivité touristique de notre pays ?
Du rôle de Paris dans l'imaginaire collectif mondial ?
De la vitalité de la francophonie ?

La France fait exception, pas seulement en Europe, mais dans le monde.

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