Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

Le monde a changé mais le changement demeure encore incertain : telle pourrait être l’impression générale qui se dégage de la lecture de l’ouvrage collectif L’état du monde 2011. La première décennie du XXIe siècle s’achève et avec elle la domination américaine : c’est la "fin du monde unique". Fin de "l’hyperpuissance", selon l’expression de Hubert Védrine ; terme également d’une pratique unilatérale des relations internationales dont Georges W. Bush s’était fait le parangon. Composé de cinquante articles/"idées-forces", l’ouvrage codirigé par Bertrand Badie (Sciences Po Paris) et Dominique Vidal (Le Monde diplomatique) est organisé autour de cinq grandes thématiques : 1) l’analyse des "nouvelles relations internationales" ; 2) les questions économiques et sociales ; 3) les questions de société et de développement humain ainsi que 4) celles liées à l’environnement et aux nouvelles technologies ; 5) enfin, le traitement d’une sélection d’enjeux régionaux. C’est par conséquent dans une perspective volontiers transnationale que se placent les auteurs, principalement composés de chercheurs et de journalistes. Cette approche des "nouvelles relations internationales" s’inscrit aussi dans la lignée des travaux de Marie-Claude Smouts, Guillaume Devin et Bertrand Badie lui-même. Les soubresauts de l’idée de gouvernance mondiale, l’émergence de nouveaux acteurs, les conséquences socio-économiques et environnementales du néolibéralisme dérégulé, autant de problématiques dessinant un monde instable, radicalement différent de celui né sous les décombres de la seconde Guerre mondiale. Deux décennies après la mort du bipolarisme, on peine pourtant toujours à définir le modèle qui s’y substituera.
Une rupture Obama ?
Bertrand Badie, dans son texte introductif, remarque justement que les Etats-Unis, désormais lestés de l’adversaire soviétique, ont été incapables de définir la nature du nouveau système international. "L’unipolarité bienveillante" de la fin des années 90 n’a pas rencontré le succès escompté ; les schémas conquérants néoconservateurs ont suscité quant à eux l’hostilité à travers la planète. Et si le soft power a repris des couleurs depuis l’arrivée de Robert Gates au Pentagone, le principe interventionniste en tant que tel conserve un certain écho, y compris dans des cercles libéraux. La présidence Obama ne marque-t-elle pas pour autant une rupture ? Pour le professeur à Sciences Po Paris, la politique de l’ancien sénateur de l’Illinois à la tête des Etats-Unis n’a jusqu’ici pris la forme d’une rupture que "dans le verbe" (p.15). Certes, les symboles de changement avec l’ère Bush n’ont pas manqué – à commencer par le fameux discours du Caire de juin 2008 ; mais l’efficacité des premières mesures demeure relative. En témoignent notamment le peu d’intérêt manifesté à l’égard du continent sud-américain (Jean Daudelin, pp. 296-301) et surtout, selon Badie, la position définie au Proche-Orient : l’absence de ligne stratégique claire aurait fragilisé les capacités de pression de l’administration américaine sur le gouvernement Netanyahou. A la décharge du président américain, on pourrait toutefois noter le contexte extrêmement défavorable, de part et d’autre (crise interpalestinienne, solidité de la coalition israélienne de droite, bataille longue et féroce pour imposer la réforme de l’assurance-maladie). N’était-il pas dès lors plus raisonnable et inévitable de négocier en coulisses et de patienter avant de mettre sous pression les deux parties ? La campagne pour les prochaines présidentielles n’étant désormais plus très loin, on peut douter que la question évolue à court terme. A moins que les révolutions arabes de cet hiver ne viennent le contraindre à avancer sur ce dossier.
Aucun commentaire