Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Éclat(s) du dandysme
[vendredi 28 janvier 2011 - 11:00]
Cinéma
Couverture ouvrage
À Werner Schroeter, qui n'avait pas peur de la mort
Philippe Azoury
Éditeur : Capricci
112 pages / 7,56 € sur
Résumé : Fragments d'un portrait amoureux, dédiés à Werner Schroeter, astre noir de l'art cinématographique.  
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La mort du grand cinéaste allemand Werner Schroeter, le 12 avril 2010, a transformé en hommage la rétrospective de son œuvre organisée par le Centre Pompidou du 2 décembre 2010 au 22 janvier 2011. À cette occasion, pour accompagner le privilège de pouvoir découvrir ou revoir en copies restaurées ses films (trop rarement montrés, depuis la précédente rétrospective à Paris en 1982 au Goethe-Institut), en plus d'un dossier spécial coordonné par Emeric de Lastens dans le n° 38 de la revue Vertigo parue en septembre 2010, un livre consacré au cinéaste a été coédité par le Centre Pompidou et Capricci.

L'auteur en est Philippe Azoury, critique de cinéma, connu notamment des lecteurs du journal Libération. Nous retrouvons donc sa plume aux éditions Capricci, pour le n° 2 de la collection "Actualité critique", qui semble inventer un format intermédiaire entre la critique de cinéma et le livre. À Werner Schroeter, qui n'avait pas peur de la mort suit d'ailleurs La Passion de Tony Soprano d'Emmanuel Burdeau, critique de cinéma lui aussi et ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma,  qui inaugurait la collection. "De poche", d'une centaine de pages, sans illustrations (ce qu'on pourrait regretter pour un cinéaste tel que Schroeter, créateur d'images sublimes), ces objets éditoriaux visent manifestement à proposer un espace de réflexion plus développé et profond que la critique journalistique, évitant les formules simplificatrices (tape-à-l’œil et hâtives), sans pour autant sombrer dans la lourdeur de forme et de fond (rhétorique, théorique, bibliographique) d'un livre qui se voudrait définitif sur son sujet – l'impossible quête du Livre. Bref, une sorte de juste milieu, ou de voie moyenne.

Une autre caractéristique distinctive, importante, par rapport à l’exercice courant du métier de critique de cinéma : aimer ce sur quoi on écrit. C'est pour l'instant une constante de cette collection de livres : après l'essai tenant "de l'exercice d'admiration et de l'analyse" que Burdeau, selon ses mots, consacrait à la série télévisuelle Les Soprano, le livre d'Azoury expose dès son titre la marque d'un amour pour son sujet. À Werner Schroeter : figure de dédicace, typique du discours amoureux, comme le remarquait Roland Barthes . En général, discrète, reléguée à un exergue, derrière la couverture du livre, la dédicace, "À X" (parfois nommé par ses seules initiales pour mieux préserver l'intimité de la relation), s'adresse plutôt à un(e) amant(e), un(e) ami(e), un membre de la famille, ou en tous cas, une personne aimée de l'auteur. Double déplacement : ici, la dédicace devient le titre même du livre, trônant en couverture, et l'aimé, le sujet du livre.

Ce n'est pas vraiment "déplacé". On pourrait même regretter qu'il n'en aille pas plus souvent ainsi : l'écriture comme don d'amour et la connaissance par fraternité d'âme. On éviterait probablement beaucoup de mauvais textes. "Belle idée", pourrait-on rétorquer : mais n'est-il pas préférable de "garder la tête froide", une "distance" entre l'auteur et son sujet d'étude ? De tels détracteurs se rallieraient peut-être à la cause de ce livre, s'ils se demandaient : inconvenant n'aurait-il pas été plutôt, de ne pas, ainsi, ouvrir son âme à cette œuvre qu'on a pu résumer par la formule : "La beauté incandescente" (c'est le titre de la rétrospective à Beaubourg) ? N'y aurait-il pas un ton approprié à chaque œuvre sur laquelle on écrit ? N'assassinerait-on pas l'art de Schroeter avec une plume sans lyrisme, glacée ? Luc Moullet, quoique personnalité assez différente de Philippe Azoury, interrogé sur son travail de critique de cinéma, recommande : "Je cherche toujours à adapter le ton de ma critique au style du film, quand celui-ci est de qualité. Les analyses théoriques de Mitry sur un film de Chaplin, alambiquées et parfois justes, m'ont toujours parues déplacées face à un film qui faisait rire toute la salle."  Le titre du livre d'Azoury est pourtant ambivalent : autant qu'une dédicace amoureuse, c'est une épitaphe. Amour et mort, amour à la mort, en un mot, passion : thème schroeterien par excellence, comme l'avait bien compris Michel Foucault. Nous voici donc au vif du sujet dès le titre.

Titre du livre : À Werner Schroeter, qui n'avait pas peur de la mort
Auteur : Philippe Azoury
Éditeur : Capricci
Collection : Actualité critique
Date de publication : 26/10/10
N° ISBN : 2918040231
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