On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Les brûlots allumés ça et là contre la psychanalyse risquent de masquer dans l’opinion les avancées que cette discipline réalise dans le champ de la connaissance. Or depuis les années 60 se sont développés en France des travaux sur les personnes en groupe, sur les différentes modalités de "faire groupe", de penser et vivre avec les autres, d’être constitué/constituant des groupes dans lesquels nous vivons. Avec Didier Anzieu, René Kaës représente un passage incontournable pour comprendre ce courant de pensée qu’il faut bien qualifier "d’école française de psychanalyse groupale".
Ce courant très vivace en France se développe dans les recherches notamment en psychologie clinique et psychopathologie, à l’université mais aussi dans les associations de praticiens se référant à la psychanalyse, et plus prosaïquement, mais c’est ici essentiel, auprès des praticiens dans des groupes- groupes de formation, groupes de thérapie d’enfant, d’adolescents ou d’adultes, familles en thérapie, groupes de supervision ou accompagnement d’équipe, groupes d’analyse des pratiques, etc.
L’expérience du groupe, qui est un ouvrage centré sur l’œuvre de René Kaës, constitue une très bonne entrée pour apprécier toute la complexité et la finesse de cette approche groupale et intersubjective qui approfondit la compréhension de toute réalité psychique, bien qu’elle fut initialement centrée sur la rigueur d’un dispositif psychanalytique propre au groupe. L’ouvrage met en relief les discussions qui en résultent dans la communauté psychanalytique. À la fin, trois textes synthétiques de R. Kaës ainsi qu’une recension exhaustive de ses travaux donnent la possibilité au lecteur d’aller plus loin.
Notons le contexte très particulier de ce qui a donné matière à ce livre : un colloque organisé pour la première fois par une société psychanalytique bien établie en France (la Société Psychanalytique de Paris), ceci à l’initiative d’un de ses groupes régionaux (le Cercle d’études psychanalytiques de Savoie). Comme toute nouvelle conception, ce courant s’est d’abord heurté à l’establishment et il a été à plusieurs reprises soulignée la solitude qui a paradoxalement accompagné les travaux de René Kaës, pourtant psychanalyste et chercheur hors pair, professeur de psychologie clinique et psychopathologie à Aix-en Provence (puis à l’Université de Lyon 2), ancien membre de la société analytique du "Quatrième groupe" et responsable d’une collection chez Dunod intitulée "L’inconscient et la culture".
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joellerochette