Rédacteur

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Sherlock Holmes moraliste
[samedi 15 janvier 2011 - 11:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Comment nous sommes devenus moraux : Une histoire naturelle du bien et du mal
Nicolas Baumard
Éditeur : Odile Jacob
321 pages / 22,71 € sur
Résumé : Une étude intéressante, pédagogique et documentée, mais contestable, sur notre sens moral.
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En morale et en éthique, quatre attitudes théoriques sont possibles : observer et expliquer les jugements moraux (morale descriptive), s’interroger sur la nature des objets moraux (métamorale), justifier des jugements moraux (morale normative), procéder à des applications de théories morales (morale appliquée). Comment nous sommes devenus moraux, de Nicolas Baumard est un livre qui se situe dans la première catégorie : son but consiste d’une part à décrire les jugements et les comportements moraux tels qu’ils sont (et non pas tels qu’ils devraient être), et à élaborer une théorie qui permette d’en rendre compte. Nous présenterons la théorie baumardienne en montrant ses principales thèses et ses objections aux théories descriptives concurrentes  ; puis nous en discuterons les principaux aspects.

1. Le mutualisme moral

1.1 Mutualisme moral, psychologie et naturalisme

Bien que ce livre soit composé de quatre parties, il est conceptuellement divisé en deux sections. Dans la première (parties 1 et 2), l’auteur défend l’idée selon laquelle nos jugements et nos comportements moraux reposent sur un module, qu’on nommera ensuite sens moral, à savoir une disposition innée, spécifique, autonome, fonctionnelle et biologiquement fondée, qui nous dispose à avoir des intuitions mutualistes qui obéissent à une logique du devoir vis-à-vis d’autrui –contrairement à l’égoïsme-, sans sacrifier l’intérêt personnel –contrairement à l’altruisme-, contre les théories qui explorent les jugements moraux sans être capables d’expliquer de manière convaincainte pourquoi nos jugement moraux sont typiquement mutualistes.

Dans la seconde (parties 3 et 4), (Baumard 2010) soutient la thèse selon laquelle l’apparition de notre sens moral peut être expliqué par un environnement ancestral caractérisé par le "marché de la coopération " dans lequel seraient sélectionnés les individus à disposition mutualiste, contre les théories qui, selon l’auteur, réduisent ce que sont nos jugements moraux à ce qu’ils devraient être d’après nos dispositions psychologiques et biologiques, sans prendre au sérieux la logique mutualiste observée dans nos jugements et comportement moraux. En effet, ces théories (utilitarisme évolutionnaire et théorie de la vertu) prédisent que nous devrions suivre une logique altruiste ou sacrificielle dans nos jugements et comportements moraux. Le problème, montre (Baumard 2010), est que les jugements et comportements moraux prédits par cette disposition altruiste ne correspondent pas aux jugements et comportements observés dans les enquêtes psychologiques. Il faut donc modifier nos hypothèses sur les caractéristiques de notre module moral et nos hypothèses sur l’environnement ancestral.

1.2 Backwards reasoning : le mutualisme moral baumardien

Comme le dit Sherlock Holmes à la fin de A Study in Scarlet , bien que la capacité à aller des causes aux effets soit bien répandue, la capacité à aller des effets aux causes l’est beaucoup moins. Une théorie descriptive requiert ce type de raisonnement parce qu’il faut partir des faits observés et en induire les causes dont ils sont les effets.

La morale prédite par l’utilitarisme évolutionnaire et la théorie des vertus est cohérente avec leurs hypothèses, mais puisqu’elles ne partent pas des bons faits, elles ne peut remonter correctement aux causes, selon l’auteur. (Baumard 2010) part des faits observés dans les enquêtes  (nos jugements suivent une logique mutualiste, qui respecte l’équilibre des intérêts) et il suit le fil d’Ariane pour en identifier les causes. Supposons, dit l’auteur, que, parmi les humains, certains possèdent une disposition égoïste et qu’ils aient cependant intérêt à coopérer pour trouver et exploiter leurs ressources, et se protéger. Se forme un marché de la coopération dans lequel le but de la compétition est de trouver le meilleur partenaire. Celui-ci ne peut pas être celui qui a une disposition égoïste parce qu’il fera passer son intérêt avant celui des autres. Il ne peut être non plus celui qui a une disposition altruiste, parce qu’il entraînerait inéluctablement la disparition des individus . Le meilleur partenaire est celui qui possède une disposition à partager "de manière impartiale les coûts et les bénéfices de la coopération".  Les individus qui possèdent la disposition à l’équité auront donc un avantage dans ce marché et seront plus recrutés que les autres. Au fur et à mesure, ces individus se répandent et remplacent les individus ayant une disposition égoïste pendant que l’espère survit grâce à l’efficacité de la coopération. L’existence de cette disposition et sa propagation permettrait d’expliquer pourquoi nos jugements et comportement moraux suivent la logique de l’équilibre des intérêts. Mais les inductions sont-elles acceptables ? (Baumard 2010) vaut-il The Book of life de Sherlock Holmes ?

Titre du livre : Comment nous sommes devenus moraux : Une histoire naturelle du bien et du mal
Auteur : Nicolas Baumard
Éditeur : Odile Jacob
Collection : Sciences Humaines
Date de publication : 21/10/10
N° ISBN : 2738125735
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