Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
Il est des problèmes si essentiels qu’aucune réflexion ne semble devoir les épuiser, des questions si fondamentales que notre esprit semble inlassablement revenir vers elles, dessinant des cercles concentriques vers un centre jamais atteint. Le corps au cinéma en fait partie, sans doute parce qu’il est la trame essentielle où tout se tisse, parce qu’il est indissociable de l’image, ainsi que le révèle la présente étude collective, proposée sous la direction de Jérôme Game.
Première évidence sensible, le corps est aussi l’image la plus inaccessible. La pluralité des points de vue témoigne de son caractère insaisissable. Autour du corps gravite ainsi une pensée philosophique plurielle : en exergue aux analyses à venir, Jérôme Game convoque notamment la phénoménologie, à travers le regard de Merleau-Ponty pour qui "le corps est fondamentalement le pivot de toute perspective sur le monde naturel ou socio-culturel, donc point de vue insurpassable et indépassé" . Le corps est donc la première instance qui opère pour nous un découpage du monde, formant en ce sens un cinématographe originel, selon Bergson. Ce dernier révèle en effet l’importance primordiale du corps en relation avec une pensée de l’image. Pour le philosophe, le corps doit ainsi être considéré comme la première des images, une Image vécue. Il est le cœur mouvant qui rythme toutes les autres images constituant le monde.
Cette évanescence du corps se retrouve en filigrane des différentes analyses proposées. Le corps est ainsi successivement envisagé à travers les prismes du Flux, de la Virtualité, du Récit et de ses implications politiques. Malgré cette diversité, tous les textes s’attachent à mieux cerner le rapport complexe entretenu par le cinéma et le corps, entendu comme force intensive toujours sur le point de déborder de la forme, de transgresser les limites du cadre.
-Flux
Dans la première partie du livre, le corps est d’abord appréhendé à l’aune de sa fragilité. A travers l’étude de Millenium Mambo (2000) notamment, Vincent Amiel s’intéresse ainsi au corps déliquescent. A ses yeux, le film de Hou Hisao-Hsien est un film de dérives où le corps-mouvement, vecteur de l’image, se montre en train de disparaître. Le corps est ici inscrit dans un devenir déliquescent, empêchant la constitution d’une perception stable de lui-même. "Les personnages modernes de Hou Hsiao-hsien sont ainsi toujours à la limite de ne pas en être, à peine cristallisés en tant que tels, entraînés par leurs corps vers la déliquescence. Par le mouvement de leur corps à l’image. Non seulement, donc, ceux-ci ne sont pas les supports quelconques d’une entité scénaristique transcendante, qui les dépasse et les asservit mais ils empêchent que cette entité ne se constituent, ils en perdent la potentialité par leur figurabilité même . Les corps cessent dès lors de se soumettre à la narration.
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Mat
mishima