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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Nous partîmes cent mille, mais nous arrivâmes cinq cents
[mercredi 12 janvier 2011 - 11:00]
Environnement et développement durable
Couverture ouvrage
L'extinction d'espèce. Histoire d'un concept et enjeux éthiques
Julien Delord
Éditeur : Publications scientifiques du Muséum national d'histoire naturel
691 pages
Résumé : Une somme érudite et passionnante qui envisage le phénomène d'extinction d'espèce dans ses dimensions historiques, scientifiques et morales.   
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Court sur pattes avec un bec recourbé, un corps peu gracieux et grisâtre de couleur, avec des plumes blanches qui l’ornent, pesant environ 20 kilos et d’une longueur approximative d’un mètre. Tel est le dodo, oiseau de la taille d’un dindon, scientifiquement connu sous le nom de Raphus Cucullatus. Ou plutôt : tel fut le dodo, car cette espèce de volatile, qui vivait autrefois sur l’île Maurice, dans l’archipel des Mascareignes, a disparu depuis plus de trois siècles. Le dernier dodo est mort en 1681.

De sa belle mort ? Voire. Du fait de l'absence de prédateurs, le dodo avait perdu son aptitude au vol. Incroyablement maladroit dans ses mouvements - on lui a d'ailleurs donné ce nom de dodo en raison de sa stupidité - le dodo grattait le sol des forêts à la recherche de fruits, feuilles, baies et graines qui constituaient son alimentation. Il construisait son nid en pyramide à même le sol, à l’aide de feuilles de palmier. Il pondait un seul œuf dans le nid qui était à tour de rôle couvé par les parents car le petit prenait du temps à se développer. La durée de vie était au minimum trente ans. Malheureusement, comme le nid était construit à même le sol, les petits du dodo bénéficiaient de peu de protection contre l’introduction des prédateurs tels que les chiens féroces et les cochons sauvages. L’œuf du dodo était souvent piétiné et mangé par ces animaux.

Le Portugais Afonso de Albuquerque et ses hommes découvrirent l’île Maurice, et bien sûr le fameux dodo, en 1598. De par l’isolement de l’île et l’absence d’êtres humains, le dodo accueillit les nouveaux visiteurs avec une naïveté enfantine, mais a été vite dupé par les Portugais. Le dodo était une proie facile et fut exterminé sans pitié. Les marins n'hésitaient pas à tuer le dodo afin d'agrémenter leur alimentation trop monotone, même si la chair était coriace et sans saveur.

L’archétype même du concept d’extinction

Le cas du dodo est désormais tristement célèbre. Le dodo est devenu, comme le dit Julien Delord, "l’archétype de l’espèce insouciante, innocente et peu avantagée par la nature, qui s’éteint par la faute de la démesure humaine"  . Il a accédé à la notoriété à partir du moment où les naturalistes ont pleinement compris ce qui lui était arrivé, c’est-à-dire à partir de 1820-1830. Cuvier s’est ému du destin de cet infortuné volatile, Lyell en a parlé aussi. Hugh E. Strickland, ornithologiste reconnu, lui a consacré un livre en 1848. William Broderip et Richard Owen, anatomistes l’un et l’autre, en ont écrit. Le dodo a eu cet étrange privilège d’avoir droit à une seconde vie en ce qu’il a permis de cristalliser la réflexion des naturalistes sur le thème de l’extinction des espèces.

Le livre de Julien Delord est tout entier dédié à l’examen de la lente élaboration historique du concept d’extinction des espèces, depuis la plus haute antiquité grecque jusqu’aux ultimes développements de la moderne biologie de la conservation. Dans un style énergique et percutant, l’auteur s’efforce d’élucider les enjeux épistémologiques et éthiques d’un tel phénomène, en mobilisant une information remarquable jamais prise en défaut, qui, comme le dit le postfacier  , "constituera une mine de références pour tous ceux qui souhaiteront travailler sur ce problème" . A notre connaissance, une enquête d’une telle envergure n’avait encore jamais été tentée  - ni en France, ni ailleurs.

Titre du livre : L'extinction d'espèce. Histoire d'un concept et enjeux éthiques
Auteur : Julien Delord
Éditeur : Publications scientifiques du Muséum national d'histoire naturel
Collection : Archives
Date de publication : 12/01/11
N° ISBN : 9782856536568
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