Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Le sens de la marche
[mercredi 19 janvier 2011 - 09:00]
Urbanisme
Couverture ouvrage
Marcher en ville. Faire corps, prendre corps, donner corps aux ambiances urbaines
Rachel Thomas (dir.)
Éditeur : Editions des Archives contemporaines
196 pages / 22,33 € sur
Résumé : Dévoilant un large panorama des approches de la marche en ville, cet ouvrage renouvelle la conceptualisation de cette pratique par les sciences sociales.  
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Longtemps l’apanage des poètes, la marche urbaine investit depuis plusieurs années le champ des sciences sociales. Ce mouvement accompagne l’intérêt croissant que les gestionnaires urbains et les responsables politiques portent au développement de la marche et à ses bénéfiques implications (santé publique, décongestion, durabilité, sociabilité, etc.) dans la ville contemporaine. Cet engouement pour la marche coïncide également avec la considération nouvelle apportée aux espaces publics, qui deviennent un point d’orgue de l’aménagement urbain, symbolisant notamment l’importance de la dimension piétonnière dans les politiques urbaines. Cet ouvrage collectif écrit sous la direction de Rachel Thomas, sociologue et chargée de recherche au CRESSON, a pour objectif de révéler les différentes modalités de la marche et d’offrir des outils pour l’appréhender dans son rapport à l’espace et aux ambiances urbaines. 

Du promeneur au flâneur

Bien qu’elle constitue une pratique ancestrale et ordinaire, c’est tardivement que la marche devient objet de plaisir pour l’homo urbanus. La marche ayant pendant longtemps représenté dans la ville des Lumières une activité désagréable à cause de la saleté et de la dangerosité des rues, elle devient dès la fin du XVIIe siècle, délectable dans des cours arborées, dans des jardins publics ou le long des boulevards plantés qui apparaissent progressivement. La marche n’était alors que promenade et relevait principalement de la mise en scène de soi par rapport aux autres. En explorant la figure du marcheur au travers de la littérature, s’appuyant notamment sur les écrits de Rétif de la Bretonne et de Louis-Sébastien Mercier, Laurent Turcot montre que la promenade constituait un exercice de style, une manière de se comporter et de se démarquer dans la ville. Bien que l’observation fît partie de la promenade, c’est seulement au cours du XIXème siècle que la marche devient une réelle activité de déambulation, d’égarement et de contemplation et que naquît la posture du flâneur. Autrement dit, la marche s’individualise et devient une activité de découverte, de réflexion et d’observation au point qu’Auguste Delacroix ait décrit les flâneurs comme "ce petit nombre privilégié d’hommes de loisirs et d’esprit qui étudient le cœur humain sur la nature même, et la société dans ce grand livre du monde toujours ouvert sous leurs yeux". Ainsi, la métaphore du mouvement perpétuel "s’accorde autant au physique qu’à l’âme du flâneur". S’il existe une filiation entre le marcheur du XVIIe et celui du XXIe siècle, le sens accordé à l’activité pédestre semble évoluer. Comprendre la marche dans la ville contemporaine nécessite donc d’accorder une réflexion aux espaces dans lesquels se meuvent les marcheurs ainsi qu’aux nouvelles modalités d’interactions.

Le flâneur, un corps en mouvement parmi d’autres

Dans la plupart des perspectives d’analyse, le marcheur est considéré comme une personnalité indépendante et solitaire. Questionnant cet axiome, Samuel Bordreuil s’intéresse à la "marche à plusieurs". Qu’il s’agisse des interactions du flâneur avec les autres marcheurs ou avec le groupe dans lequel il s’insère, le flâneur n’existe en effet qu’en perspective d’autres marcheurs. Par conséquent, autant que le flâneur observe et analyse, il est observé, ce qui peut l’inciter à adapter ses comportements. Samuel Bordreuil évoque habilement ces afflux d’attention renouvelés en certains lieux auxquels le flâneur tente justement d’échapper. C’est "dans les interstices d’attentions que les divergences d’allure ne cessent de ménager que le flâneur, le "polisseur d’asphalte" peut, dans une relative tranquillité, s’installer" sans que soit comptabilisés tous ses faits et gestes. Toujours dans cette perspective interactionniste, il tente d’analyser comment se déroule le "marcher ensemble", quelles sont les modalités qui le caractérisent et les incidences que l’effet collectif peut avoir sur les manières de marcher. À travers l’observation de groupes dans un immense centre commercial où la "marche ensemble" domine, il révèle la manière dont s’instaure différentes formes de gestion du mouvement (évitement, contrôle de la vitesse, progression dans l’espace) par rapport à la marche solitaire. Samuel Bordreuil invite ainsi à prendre en compte la microsociologie des interactions pour comprendre les impacts que la présence d’autres marcheurs peut avoir sur les comportements et sur les manières de marcher, que ce soit ensemble ou seul au milieu d’une foule.

Titre du livre : Marcher en ville. Faire corps, prendre corps, donner corps aux ambiances urbaines
Auteur : Rachel Thomas (dir.)
Éditeur : Editions des Archives contemporaines
Collection : As Actualité Scientifique
Date de publication : 01/10/10
N° ISBN : 2813000264
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