On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

on débat partout la question typiquement médiologique de savoir dans quelle mesure l’outil Internet entraîne ou non, dans les sociétés qu’il pénètre (soit à peu près toutes), un surcroît de démocratie. Dominique Cardon, chercheur au Laboratoire des usages d’Orange Labs et à l’EHESS, apporte avec ce petit ouvrage une réponse positive, et particulièrement éclairante.
Ses analyses tournent autour d’un maître-mot, la représentation, qui joue avantageusement sur le plan politique (la démocratie représentative fondée sur l’élection) autant que médiatique, voire socio-psychologique (l’expression et la mise en scène de soi) ; en chaque domaine, la tendance d’Internet semble de rétrograder la représentation dans les parages d’une culture désormais révolue, en favorisant diverses formes de participation et de présence.
Au niveau politique, et depuis au moins Rousseau, c’est un lieu commun de souligner que la représentation ne suffit pas ; forcément censitaire (comment représenter dans leur infinie diversité tous les sujets ?), défigurante, hiérarchisante, la caste des élus sera toujours exposée au soupçon de mal remplir sa fonction. Les thèmes de la démocratie participative se proposent donc, régulièrement, de combler le fossé laissé béant par la coupure (politique, sémiotique, culturelle…) entre les représentés et leurs Représentants. Dans la mesure où Internet travaille à atténuer cette coupure, Cardon propose, dès sa première page, d’y chercher "le laboratoire (…) des alternatives à la démocratie représentative" (p. 7). Son ouvrage se place ainsi d’emblée dans le sillage de La Contre-démocratie de Pierre Rosanvallon, qui documentait soigneusement les initiatives citoyennes de veille et d’interventions permises par Internet, face aux carences de l’appareil médiatico-politique.
Peut-on (autre facette de ce débat récurrent) parler d’une révolution Internet ? Cardon a soin de souligner que ce nouveau média – qu’il vaudrait peut-être mieux appeler un méta-média, voire un médium – ne permet pas seulement de remplir mieux qu’avant un ancien cahier des charges. Les grands médias précédents, notamment la presse écrite et audio-visuelle, couraient du point à la masse en séparant nettement le petit monde des émetteurs de la foule des récepteurs. Ce clivage entraînait ou constituait du même coup celui d’espaces domestiques privés, animés par des médias conversationnels tels que le téléphone ou la poste, bien distincts de l’espace public cher à Habermas. Cette illustre distinction s’effrite à son tour, dès lors qu’Internet invite l’usager à se comporter non en récepteur passif de l’information des autres mais en émetteur, en éditeur, en journaliste ou en vidéaste amateur… La Toile enchevêtre ainsi les fonctions jadis distinctes du téléphone et de la presse, donc les espaces privés et publics, au grand dam des gardiens ou des gate-keepers qui campaient jalousement sur cette ligne de partage.
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