On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Les préoccupations environnementales actuelles sont souvent marquées par une double inquiétude largement exprimée dans les média. A l’échelle locale la notion de catastrophe est mobilisée lors des tempêtes, des sécheresse ou des inondations, des vagues de froid ou de chaleur ; à l’échelle globale le changement climatique et les différents sommets décevants qui lui sont consacrés interroge toute idée de développement ou de progrès technique à moyen terme. Un discours largement répandu chez les écologistes insiste sur la relation redoutable entre ce changement global et l’augmentation des événement locaux, comme si un lien proportionnel couplait effet de serre et catastrophes. Assez logiquement, des discours réducteurs se mettent en place pour dire l’inverse, nier l’importance de ce changement climatique global et discréditer les positions alarmistes. Il n’est pas toujours facile d’y voir clair. Dans les ouvrages de vulgarisation les arguments des deux parties sont partisans et mal fondés. Dans la littérature scientifique les conclusions sont incertaines et débattues.
Un livre remarquable vient apporter une vision claire de ces enjeux et de l’état des connaissances à leur sujet. Il a une ambition initialement modeste : informer un large public sur les phénomènes naturels susceptibles de provoquer un dommage, de générer un risque pour des sociétés vulnérables. Dès les premières pages cependant les auteurs annoncent que leur intention est d’apporter à leurs lecteurs deux compétences bien précises : la capacité de comprendre les “ articles scientifiques spécialisés ” à partir de la maîtrise d’un savoir de base d’une part et la capacité de mener “ une approche critique du thème ” d’autre part.
L’ouvrage commence par un positionnement épistémologique : les risques, avant d’être vus comme des faits ou des événements médiatiques doivent d’abord être pensés comme objet d’une problématique construite peu à peu dans une démarche scientifique en “ émergence ” . Il faut donc aborder la catastrophe non pas seulement en tant “ qu’expression tangible ” d’un risque mais comme résultat d’un ensemble d’interactions complexes. La première partie de l’ouvrage (de la page 16 à la page 70) est une démonstration pédagogiquement brillante de cette complexité. Elle commence, intelligemment, par partir d’une définition dite consensuelle du risque. C’est le résultat d’une combinaison entre un aléas, un enjeu et une vulnérabilité. L’aléas est un événement naturel, par exemple du vent fort, l’enjeu est un bien (ou une personne), par exemple une habitation et son occupant et la vulnérabilité est la capacité de l’enjeu à supporter l’aléas : par exemple la résistance du toit au vent et son effondrement sur l’habitant. Le risque est donc une co construction naturelle, sociale et technique et il est de ce fait objet de représentations, de mémoire, de discours et de prises de positions politiques. Il est “ l’expression même de la complexité ” . Il demande donc une grille d’analyse élaborée (rendue très claire sur la figure 1 page 24) qui implique d’abord une approche analytique des différents composants du risque puis une vision synthétique quant aux possibilités de gestion des crises.
La suite de l’ouvrage est logiquement organisée pour mettre en place ces étapes successives. Les parties 2 et 3 décrivent et expliquent les aléas d’origine géodynamique et hydro climatiques. Elles donnent donc au lecteur les connaissances de base qui rendent ultérieurement possible la lecture des articles scientifiques. Les parties 4 et 5 traitent de la vulnérabilité des enjeux et de la gestion des risques proposant alors au lecteur d’acquérir une vision critique des discours simplistes. Les quatre parties ont un fil directeur commun qui est la notion de spatialisation. Un aléa survient toujours en un lieu, il a toujours une extension, une diffusion, voire une mobilité. Tout enjeu est localisé dans un territoire qui a des dimensions sociales et une épaisseur historique. Toute politique de gestion définit un périmètre ou un zonage. L’entrée géographique est donc la clé de la compréhension de la complexité pour toute problématique de “ risque ” .
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