On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Les événements qui mènent le monde arrivent sur des ailes de colombe – pourrait-on dire en parodiant une pensée célèbre de Nietzsche. Imaginons que l’on organise l’un de ces inutiles et innombrables sondages d’opinion qui n’ont rigoureusement aucun intérêt, ni pour les sondeurs ni pour les sondés, en demandant de citer quelques-uns des événements les plus marquants du XXe siècle. L’on obtiendrait sans doute, en guise de réponses, l’échantillonnage suivant : les guerres mondiales, le nazisme, l’essor et la chute du communisme, la diffusion de la démocratie, l’expansion de l’alphabétisation de masse, l’émancipation croissante des femmes. En quoi les sondés ne seraient pas si mal inspirés, somme toute.
L’impact des hommes sur l’atmosphère
L’ambition du livre passionnant de John R. McNeill est de démontrer que le changement environnemental constitue en vérité le phénomène le plus important du siècle dernier. Les hommes ont lancé la terre dans une expérience gigantesque échappant à leur maîtrise : tel est, affirme l’auteur, le trait majeur du XXe siècle
En effet, du point de vue de l’histoire de l’environnement, le siècle dernier se qualifie comme une période exceptionnelle, poursuit McNeill, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, en raison de l’accélération manifeste de nombreux processus à l’origine de changements écologiques. Pour la plupart, ces processus ne sont pas nouveaux : nous avons coupé du bois, extrait du minerai, produit des déchets, cultivé des plantes et chassé des animaux depuis bien longtemps. L’époque moderne a fait la même chose, mais à une échelle beaucoup plus grande, en sorte que la particularité du XXe tient en tout premier lieu à l’échelle et à l’intensité des changements, modifiant la portée de certains problèmes (telle la pollution) qui avaient un caractère local et ont fini par revêtir un caractère global.
Les effets non linéaires
De façon plus intéressante, McNeill souligne que, tant pour les systèmes naturels que pour les affaires humaines, il existe des seuils et ce qu’il est convenu d’appeler des effets non linéaires. Dans les années 1930, Hitler s’empara de l’Autriche, de la région des Sudètes et du reste de la Tchécoslovaquie, sans provoquer de réaction significative. Lorsqu’en septembre 1939 il voulut ajouter la Pologne, il précipita une guerre qui en six années amena sa propre fin, ainsi que la ruine de son mouvement et, temporairement, de son pays. Il avait franchi un seuil et déclenché un effet non linéaire.
De façon similaire, la température de l’eau dans les zones tropicales de l’Atlantique peut s’élever graduellement sans engendrer d’ouragans. Mais une fois que l’eau dépasse les 26 degrés Celsius, les conditions sont favorables pour la naissance d’ouragans : un seuil a été franchi, un interrupteur s’est fermé, suite à un accroissement d’ordre marginal.
L’histoire de l’environnement au XXe siècle est différente de celle des époques précédentes, soutient Mc Neill, non seulement parce que les changements écologiques ont été plus vastes et plus rapides, mais aussi parce que leur intensité accrue a fermé quelques interrupteurs .
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