Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Politique de la peur. La démocratie impossible
[mardi 23 novembre 2010 - 10:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
L'administration de la peur
Paul Virilio
Éditeur : Textuel
94 pages / 11,40 € sur
Résumé : Un livre-entretien juste dans le constat des peurs d’aujourd’hui, frôlant catastrophisme pour en tirer de la pertinence, et stimulant intellectuellement.
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Philosophe et urbaniste, Paul Virilio, est connu pour être le penseur de la vitesse et de la technologie. Dans ce livre-entretien, L’administration de la peur, il pose la question de la multiplicité de nos peurs contemporaines. Causes et conséquences. L’argument est le suivant : la croyance en ce qui fut la toute puissance de la science ou de la politique s’est trouvée noyée par un sentiment de peur, d’hystérie individuelle et collective, devenu, pour les citoyens, un monde, un réflexe. Un deuxième argument prolonge ce constat : il y a, actuellement, pour les élites politiques, fortement démunies face à la libéralisation des échanges, la tentation de mener une politique de gestion, une administration de la peur dans ses facettes sécuritaires et sanitaires. Ces représentations du monde contemporain sont, pour Paul Virilio, façonnées par trois grandes évolutions : la bombe atomique, la bombe "informatique" et enfin la bombe "écologique".

 

Comment en est-on arrivé là ?

La bombe atomique nous a d’abord appris que la mort pouvait frapper globalement, partout et à n’importe quel moment. Mais elle a surtout, de manière plus implacable, favorisé la reformulation de toute politique comme politique d’exception. De fait le constat d’une démocratie réelle impossible : l’exception de toute chose devenant la règle explicite et admise par l’Etat, capable de définir les menaces et de justifier l’emploi de mesures au-delà des normes de prise de décision et de responsabilité communes. Elle a aussi été le symbole, extrêmement fort, de la manière dont la science se trouva non plus autonome, mais progressivement subordonnées à des complexes "militaro-industriels", des logiques militaires et industrielles. Cette politique d’exception, ou "équilibre de la terreur", se trouve aujourd’hui actualisés et reformulées, pour Paul Virilio, par la perception fragmentée du terrorisme international et la mise en danger de milliers de citoyens. 

 

Deuxième évolution, la bombe informatique ou l’action des médias de masse modifie le rythme des actualités et le rapport à la peur. "Cette bombe, découlant de l’instantanéité de nos moyens de communications, et notamment de la transmission de l’information, a un rôle éminent dans l’établissement de la peur au rang d’environnement global puisqu’elle permet la synchronisation de l’émotion à l’échelle mondiale». Alors que le XXème siècle se caractérise par la standardisation des opinions publiques, le début du XXIème siècle se singularise par une synchronisation des émotions au même moment dans des endroits différents. Autrement dit, elle signifie une domination du "temps réel" sur "l’espace réel". Cela pour le meilleur, la générosité commune devant les catastrophes (tsunami, Katrina), ou pour le pire, le passage de la réflexion élaborée dans le temps au "réflexe conditionné". 

 

Pour Paul Virilio, la troisième évolution se trouve justement du côté de ce qu’il appelle "la bombe écologique" : tsunami en 2004 et Katrina aux Etats-Unis en 2005, changement climatique. La catastrophe ou le risque de toute catastrophe se généralisent et conditionnent notre fragilité au monde. D’une part, elle ébranle de manière très concrète, explicite et quotidienne notre conviction que l’homme est au centre de la nature, sa toute puissance et l’idéologie du progrès à tout prix ; ensuite, elle témoigne pour les uns et les autres d’un sentiment d’enfermement du monde ou de "claustration" face à la répétition et la similitude des catastrophes dans un monde explicitement clôt ; enfin ils accompagnent à petite échelle de vous à moi des phénomènes de replis sur soi autour de la sécurité corporelle ou l’hygiénisme, la notion de progrès abandonnée collectivement devenant un enjeu plus intime de préservation de soi. 

 

Pour Paul Virilio un moment essentiel de la réflexion sur l’espace et la peur est de considérer que  la maîtrise du pouvoir est liée à la maitrise de la vitesse. "La vitesse, c’est le pouvoir, l’essence du pouvoir". Une démonstration en trois temps : la politique est désormais toujours en retard sur l’économique, les lieux et la vitesse de ces flux financiers, ce qui est le symbole d’une soumission du politique à l’économique ; cette faiblesse et cette impuissance des élites politiques pour la protection des citoyens, pour la sécurité d’un emploi, pour la possibilité du bien être, conduit ceux-ci à mener une politique de la peur, dans sa communication, ses procédures, sous ses différentes formes ; de fait, elle conduit plus précisément à une surenchère dans la définition et l’urgence des menaces, autour du terrorisme, de l’immigration, du sanitaire, et une exacerbation des fonctions régaliennes de l’Etat, police, armée, pour légitimer des élites au pouvoir  .

Titre du livre : L'administration de la peur
Auteur : Paul Virilio
Éditeur : Textuel
Collection : Conversations pour demain
Date de publication : 08/07/10
N° ISBN : 2845973810
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1 commentaire

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ayEZinApkiwhPVip

20/08/11 04:15
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