Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

Que deux philosophes du talent de Plantinga et de Dennett prennent le soin de débattre et ce de manière la plus claire qui soit est un événement qu’il ne faut pas bouder. Plantinga est unanimement reconnu comme le meilleur philosophe de la religion de ces 30 dernières années et Dennett est un des philosophes naturalistes les plus fins et les plus percutants. Ce petit ouvrage de 82 pages a donc tout d’une belle disputatio, avec trois interventions par auteur, Plantinga ouvrant le bal, Dennett répondant, Plantinga répliquant et ainsi de suite. La question débattue est celle de la compatibilité entre science et religion, c’est-à-dire y a-t-il une contradiction entre les croyances religieuses et les sciences ? En réalité, le débat tourne vite court puisque les deux protagonistes tombent d’accord sur l’absence de contradiction logique, mais heureusement pour les lecteurs, ils débordent largement du programme annoncé.
Science et Religion sont compatibles mais...
Plantinga se concentre sur la théorie de l’évolution et se demande si la croyance en Dieu est bien compatible avec ce que disent les théories de l’évolution. La question n’est pas de savoir si les théories de l’évolution donne un argument pour l’existence de Dieu ; d’une manière générale, Plantinga considère que la croyance religieuse (chrétienne en ce qui le concerne n’a pas à être fondée sur des arguments.
Un argument récurrent de Plantinga souligne la différence entre recherche scientifique et cadre métaphysique ou théologique. Plantinga n’a rien contre la conjonction de ces deux types de disciplines mais il souligne qu’une partie des arguments pour l’incompatibilité entre science et religion est en réalité constituée d’arguments sur l’incompatibilité entre les sciences interprétées dans le cadre métaphysique naturaliste et les religions. L’incompatibilité est bien mal prouvée étant donné que le naturalisme nie l’existence de Dieu par avance. Ainsi, considérer que le hasard qui préside aux variations génétiques et qui donc intervient dans les mécanismes de sélection naturelle, peut servir de base pour un argument contre l’idée d’un Dieu guidant intentionnellement l’évolution revient à interpréter implicitement le hasard d’un point de vue naturaliste. Mais dire qu’aucun mécanisme dans l’environnement ou dans l’individu ne détermine les mutations adaptatives n’est pas incompatible avec l’idée d’un Dieu guidant l’évolution. Le hasard constaté ne signifie pas qu’il ne peut y avoir de cause, physique ou non physique.
6 commentaires
ys
bpaulet
Il est assez consternant de lire sous la plume d'un agrégé de philosophie que : "Plantinga est unanimement reconnu comme le meilleur philosophe de la religion de ces 30 dernières années"
- cet "unanimement" est factuellement faux (Dennett, pour ne prendre que lui, n'est certainement pas de cet avis).
- l'article défini dans "la religion" signifie-t'il qu'il n'y a sur terre qu'une seule religion? Celle de Plantinga et Schmitt, probablement.
J'ai lu une dizaine de livres de Dennett. Je lirai aussi celui-ci, par acquit de conscience, mais je sais déjà que les arguments de Plantinga seront un pensum, pour les avoir vus exposés sous la plume de PZ Myers:
scienceblogs.com/pharyngula/2009/05/alvin_plantinga_gives_philosop.php
Anonyme
Pierre
"Champions de l'argumentation"... Bof. Il y a des passages où je me suis dit qu'il y aurait mieux à répondre (notamment dans le cas de Dennett). Dennett n'argumente pas très bien, il se fonde trop sur des analogies, certes utiles, mais qui ne remplacent pas l'argumentation rigoureuse. J'avais déjà noté ça chez lui, il fait une analogie, et voilà, c'est tout. Et qu'est-ce qu'on fait si on ne voit pas (ou peu) le rapport ? Plantinga aussi a ses défauts, par exemple, il répète que prouver que x aurait pu se faire sans Dieu n'est pas une preuve que Dieu n'est pas intervenu, mais il fait la même erreur en passant de la proposition "la science n'a pas d'explication satisfaisante de x" à "c'est Dieu qui a causé x". A ce propos, si j'ai bien suivi son argument sur la fiabilité de nos croyance, en fait c'est de l'intentionnalité dont il parle, non ?
Et puis, on aurait préféré une réflexion épistémologique plus fine de leur part.
Bref, je suis resté sur ma faim.
victorlefevre
Un ordinateur (en l'état actuel de l'informatique) n'est pas une machine sémantique, c'est à dire ne comprend pas le sens des contenus informationnels qu'il héberge.
Néanmoins, vous avez raison l'impossibilité d'une telle machine est ici une affirmation gratuite. Bien qu'elle est subi beaucoup d'attaques (l'expérience de la chambre chinoise de J.Searle notamment) la thèse fonctionnaliste selon laquelle l'esprit est au cerveau ce qu'est un programme à un ordinateur a encore quelques fondements. Dennett semble d'ailleurs y adhérer.