On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Comment réconcilier prospérité et nature?
C'est le sous-titre donné par Paul Collier, l'auteur du désormais célèbre The Bottom Billion, "le milliard d'en bas", à son nouvel ouvrage, The Plundered Planet, "la planète pillée". Economiste anglais surtout connu pour ses travaux sur la lutte contre la pauvreté, notamment en Afrique – il est d'ailleurs directeur du Centre pour l'étude des économies africaines à Oxford – le thème de son dernier opus a de quoi surprendre le lecteur, du moins au premier abord : quel est le lien entre gestion des ressources naturelles et lutte contre la pauvreté? C'est pourtant pari tenu pour Paul Collier, qui résume lui-même l'argument de son livre par la sentence : "les économistes et les écologistes ont besoin les uns des autres." Et tout le livre peut être vu comme une démonstration de l'équation miracle à ses yeux : Nature + Régulation + Technologie = Prospérité, alors que l'absence de technologie causerait la famine, et l'absence de régulation le pillage (plunder).
Constatant que le débat fait rage parmi les économistes, de savoir si l'abondance de ressources est un bien ou un mal pour l'économie d'un pays, ce que Paul Collier propose concrètement, c'est une chaîne de questions à laquelle tout pays possédant des ressources naturelles devrait répondre avant de décider ou non de les exploiter, pour que les ressources servent la prospérité du pays au lieu de l'affaiblir. "Ce qui est important, c'est la qualité de la gouvernance rapportée à la valeur des ressources naturelles". En effet, les questions que doit se poser un gouvernement responsable sont nombreuses, et complexes : qui doit financer l'exploration du territoire en vue d'y trouver des ressources? Comment faire pour qu'une partie significative de la valeur des ressources revienne au pays, et pas aux investisseurs, généralement étrangers, qui exploitent la ressource? Et si l'argent arrive bien dans les caisses de l'Etat, qu'en faire? En profiter pour doper la consommation, ou l'investir sagement? Et investir dans quoi? C'est à ces questions, et à bien d'autres, que tente de répondre le livre de Paul Collier.
Explorer ou ne pas explorer
Donnant une conférence à l'Université de Bergen en Norvège il y a quelques semaines, Paul Collier a posé une question à l'assistance, en affirmant que la réponse serait peut-être la seule chose dont les auditeurs se souviendraient après quelques années, mais que "ça ils s'en souviendraient". En l'occurrence, il leur a demandé : si l'on estime qu'en moyenne, 1 km2 de terre dans les pays de l'OCDE contient environ 114 000 $ de ressources minérales, à votre avis 1 km2 de terre en Afrique contient-il plus ou moins, en valeur, de ressources? Un océan de mains s'est soulevé pour répondre "plus", et tous les visages ont montré le même étonnement quand il a fini par donner la réponse : non seulement c'est moins, mais c'est 5 fois moins, soit environ 23 000$. Devant l'incrédulité de l'assistance, il s'est expliqué : l'on parle là des réserves connues, en l'occurrence recensées par la Banque Mondiale en 2000. Ce qui veut majoritairement dire, non que l'Afrique a moins de ressources que les autres territoires, mais qu'on ne les connaît pas encore, en particulier à cause d'une mauvaise gouvernance, nous dit Paul Collier. Et il voit dans ces réserves non encore explorées un énorme potentiel de transformation pour les pays du Bottom Billion, à condition que des régulations adéquates soient mises en place. Pour éviter ou réduire les problèmes liés à la corruption, à l'asymétrie d'information ou à l'inconsistance temporelle, il recommande que les coûts d'exploration soient pris en charge par des organismes de don, comme la Banque Mondiale, et soutient que ce serait là une des formes les plus efficaces d'aide aux pays pauvres.
A qui profite la mine?
Une fois que les ressources sont connues et qu'on a décidé de les exploiter, qui doit en récolter les bénéfices? Idéalement, les gouvernements des pays concernés, nous dit Paul Collier, sans ignorer toutefois les problèmes de corruption présents dans la majorité des pays du bottom billion. Pour lutter contre la corruption, rien de tel que la transparence des données, et un système juridique efficace. Pour ce qui est de la transparence, il existe par exemple la campagne "Publish what you pay" et l'organisation "Extractive Industries Transparency Initiative" qui accroissent la transparence du secteur minier année après année. Mais même un gouvernement non corrompu, avec un système juridique efficace et une relative transparence, peut se laisser berner par les compagnies minières, notamment à cause de l'asymétrie d'information. Une illustration frappante nous en est donnée par ce qui s'est passé en Mongolie : la Mongolie a découvert il y a quelques années d'importants gisements d'or. Elle a alors passé un contrat avec une compagnie minière, acceptant que la compagnie soit exonérée de taxe les huit premières années, pour compenser les importants investissements de départ liés à l'extraction. Le piège? Les ressources seront épuisées dans sept ans... La compagnie le savait certainement, mais pas le gouvernement mongol.
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