On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

La question des origines reste déterminante quand on veut cerner au plus près l’essence même d’un mouvement, fût-il artistique, littéraire, philosophique ou religieux. Dans le cas du christianisme, s’interroger sur ses origines revient à poser l’épineuse question du fondateur de cette religion. Marguerat (spécialiste de renommée internationale de Jésus et du christianisme primitif) et Junod (historien du christianisme ancien, spécialiste de la littérature apocryphe et du christianisme alexandrin), dans un livre intitulé Qui a fondé le christianisme ?, entendent ainsi revisiter cette thématique en privilégiant la parole des Anciens, c’est-à-dire celle d’auteurs antiques ayant vécu aux trois premiers siècles de notre ère. Si les thèmes de la recherche moderne mettent tantôt en avant la figure fondatrice de Jésus, tantôt celle de Paul, Marguerat et Junod, eux, se tournent résolument vers les temps antiques pour tenter de répondre aux questions suivantes : " Qu’ont dit les chrétiens des premiers siècles de la fondation de leur mouvement ? Quel regard ont-ils porté, eux et leurs contemporains, sur la naissance de l’Eglise ? " Les auteurs relèvent le défi en quatre chapitres brefs, précis et rédigés dans un langage accessible à tous.
Les deux premiers chapitres, relatifs aux possibles fondateurs du christianisme (Jésus de Nazareth ou Paul de Tarse) et à la première histoire du christianisme incarnée par l’Evangile de Luc, ont été rédigés par Daniel Marguerat, bibliste et historien. Les deux suivants, signés par l’historien des religions Eric Junod, sont consacrés à l’opinion des premiers païens et à l’oeuvre d’Eusèbe de Césarée.
Les rôles de Jésus et Paul dans la fondation du christianisme
Le premier chapitre s’intéresse aux plus anciens documents chrétiens qui nous soient parvenus : les lettres de Paul et les évangiles. A la lumière de ces textes, il s’agit de se demander si " l’avorton de Dieu " s’inscrit dans une continuité ou dans une rupture face à ce qu’a entrepris Jésus. Si ce dernier " ne fut pas un prototype de chrétiens, mais un juif, immergé à cent pour cent dans la tradition de son peuple ", l’auteur montre comment Jésus fut avant tout un juif d’exception en radicalisant l’exigence d’amour, notamment à l’égard de ses ennemis.
L’homme de Nazareth apparaît ainsi comme celui qui donne une impulsion nouvelle et singulière au judaïsme, celui qui ouvre un nouveau chemin que Paul, quelques années plus tard, explorera avec passion. En effet, qui mieux que l’apôtre, incarnant personnellement ces deux cultures que sont le judaïsme et l’hellénisme, pouvait vivifier la pensée de Jésus ? Que l’on considère avec Marguerat que " le christianisme est né au confluent du judaïsme et de l’hellénisme [et que c’est là] qu’il a quitté l’orbite juive […] pour devenir un mouvement religieux autonome " et Paul tend alors à apparaître comme le véritable fondateur de ce mouvement religieux dans la mesure où c’est lui qui aurait fondé l’universalisme chrétien. Une analyse plus fine du contexte permet toutefois de relativiser cette interprétation car l’universalisme missionnaire de Paul, si souvent mis en avant, résulte directement d’une réinterprétation de la notion de pureté (chère au judaïsme) chez Jésus. Celui-ci considère en effet que la pureté n’est pas tant liée à l’observance des règles qu’à l’attitude par rapport à autrui (" Il n’y a rien d’extérieur à l’homme qui puisse le rendre impur en pénétrant en lui, mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur " (Mc 7, 15). Cette abolition de la frontière entre purs et impurs ouvre à tous l’accès à Dieu. Et c’est précisément cette idée fondatrice que Paul reprendra pour l’étendre au monde entier. En définitive, " ce que Jésus a réalisé à l’interne d’Israël, Paul lui donnera une envergure universelle. " Et l’auteur de conclure ce chapitre par cette phrase éclairante : " En Jésus et Paul, le christianisme trouve son fondement et son interprète privilégié. "
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