On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Faut-il voir dans les ouvrages de Guillaume Pigeard de Gurbert l’influence de P. Chamoiseau et/ou l’expression d’affinités profondes avec une forme de pensée métaphorique et plus largement poétique ? Après Le mouchoir de Desdémone. Essai sur l’objet du possible (Actes Sud, 2001), l’auteur - agrégé et docteur en philosophie – propose ici un texte déroutant : Contre la philosophie. S’agit-il d’un " endroit où aller ", ou du constat que la philosophie ne conduit nulle part ? " On sait depuis toujours, en philosophie, qu’il faut en faire sans savoir au juste ce que l’on y fait " (avertissement). Platon a écrit Le Sophiste, Le politique, mais n’a jamais rédigé un dialogue qui s’intitulerait Le philosophe : la philosophie n’existe que de son impossibilité à décliner son essence. Théâtre d’ombres (pensons à l’allégorie de la Caverne dans la République de Platon) confronté au récit plus qu’elle n’en convient, la philosophie répond à un mot d’ordre qui l’affole " En piste " ! . L’ouvrage ne cède en rien à une phénoménologie de l’affect ni à la tentation de revendiquer un pathos invisible, dont la philosophie serait, dès ses origines, la proie. La seule référence au concept de pathos se mesure à l’idée que le philosophe est avant tout " le patient du réel ", un réel qui le blesse et le laisse désorienté, engendrant ainsi la patience de la pensée : " Penser philosophiquement, ce n’est justement pas tourner à l’intérieur de la pensée, mais la sentir installée dans un dehors qui la mine " .
On éprouve une sorte de (de)saisissement à la lecture de ce Contre la philosophie. Au delà des considérations généralement admises sur l’inachèvement du discours philosophique, bâti – comme le soutenait déjà Kant – sur les ruines de ce qui le précède, le livre souligne l’effraction de l’autrement que concept, incommensurable, en l’occurrence, avec un supposé « impensé » de la philosophie. Les " pathémata " désignent en effet " les données que la pensée subit " . On retrouve dans l’étonnement philosophique la marque de cette relative « passivité », avant que l’acte réflexif ait posé la possibilité même de la pensée. Les mathématiques, a contrario, et en vertu de leur étymologie, ont pour fonction d’ " apprendre ", de délivrer un savoir. La philosophie est donc, plus qu’on se l’imagine, " réactive " face à l’effraction que fait subir le réel à la pensée, et ne gît pas dans un immobilisme stérile.
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