On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

* Gallimard publie ce jeudi 22 mars Le code d'honneur, la traduction française de The Honor Code. A cette occasion, nous vous invitons à en relire la critique publiée en octobre 2010.
De nombreux philosophes des sciences (Kuhn étant peut-être le plus célèbre, mais certainement pas le seul) se sont penchés sur la façon dont se produisent les révolutions scientifiques afin de mieux comprendre la nature de la science. Suivant leur exemple et le transposant au domaine de la philosophie morale, Appiah se propose dans son nouvel ouvrage de comprendre le déroulement des révolutions morales, afin de mieux comprendre la nature de la moralité.
Le rôle de l’honneur dans les révolutions morales
Appiah définit une révolution morale comme une transformation rapide qui ne touche pas seulement nos sentiments moraux, mais aussi notre comportement moral. Après une révolution morale, nous ne pouvons que nous interroger sur ce qui pouvait conduire les gens à se conduire de telle ou telle façon : “À quoi pensions-nous ? Comment avons-nous pu faire ça pendant tant d’années ?” Le but de son enquête est de déterminer quel est le moteur des révolutions morales, ce qui nous conduit à changer de façon significative notre façon de nous comporter.
La réponse d’Appiah à cette question peut se découper sous forme de deux hypothèses. La première de ces hypothèses est négative : selon Appiah, les révolutions morales ne se produisent pas sous l’effet de nouveaux arguments moraux. Lorsqu’une révolution morale se produit et qu’un type spécifique de comportement disparaît, des arguments contre le comportement en question existaient déjà depuis longtemps et était déjà connus d’un grand nombre de personnes, sans pour autant avoir d’effet sur leur conduite. La seconde hypothèse, positive, donne son titre à l’ouvrage : selon Appiah, l’honneur joue un rôle central dans le déroulement des révolutions morales.
Tout au long du livre, Appiah esquisse (brièvement) une théorie de ce qu’est l’honneur. Pour lui, l’honneur se définit comme le droit au respect, le respect pouvant lui-même être divisé en deux grands types. D’un côté, le respect comme évaluation consiste à évaluer une personne vis-à-vis d’un standard et à la juger supérieure à ce standard : c’est le type de respect que nous pouvons ressentir vis-à-vis de grands sportifs ou d’acteurs très doués. De l’autre, le respect comme reconnaissance revient à traiter une personne de façon appropriée étant donné un certain fait concernant cette personne. Par exemple, quand nous respectons un juge ou un policier en nous conduisant avec prudence face à eux, nous nous comportons de cette manière parce que nous “reconnaissons” le pouvoir qu’ils peuvent avoir sur nous. Appiah distingue une sous-espèce du respect comme reconnaissance : le respect comme reconnaissance positive , qui consiste à se comporter d’une façon bien précise (suivre un code) envers une personne et à la “regarder de façon positive” en vertu d’une certaine qualité que nous lui reconnaissons. Par exemple, quand nous jugeons qu’un homme mérite d’être traité avec certains égards du seul fait qu’il est un homme (cas dans lequel l’honneur qui lui vaut ce respect prend le nom de dignité humaine).
Selon Appiah, à chaque type de respect correspond un type différent d’honneur. Au respect comme évaluation correspond l’honneur compétitif , et qui accepte des degrés, tandis qu’au respect comme reconnaissance positive correspond l’honneur des pairs , qui est une question de tout ou rien. Le type d’honneur sur lequel Appiah va se concentrer dans cet ouvrage est l’honneur comme honneur des pairs, qui va de pair avec un code de l’honneur (parfois implicite) que doit respecter toute personne d’honneur (c’est-à-dire celle qui ne se soucie pas tant d’être respectée que d’être digne de respect) et dont la transgression ne pourrait qu’inspirer le mépris. Selon Appiah, c’est ce dernier type d’honneur qui est au centre des révolutions morales, d’où la référence au code de l’honneur dans le titre de l’ouvrage.
1 commentaire
zayaxawa