On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Il n’a échappé à personne que l’année 2010 est celle de la commémoration des cinquante ans d’indépendance de l’Afrique subsaharienne. L’année aura été l’occasion pour nombre d’analystes de tirer le bilan de l’action des différents gouvernements africains sur le dernier demi-siècle. C’est dans cette veine que s’inscrit Martin Ziguélé, dont le présent ouvrage a pour angle d’analyse le résultat des politiques publiques menées par les gouvernements africains indépendants, et plus particulièrement des politiques économiques qui tentent de répondre au défi du développement. Pour ce faire, il distingue trois grandes périodes.
Des indépendances à la fin des années 1970 : les espoirs déçus
Selon l’auteur, cette période se caractérise par la disproportion entre, d’une part, les attentes légitimes des peuples nouvellement indépendants et, d’autre part, les moyens réels dont disposaient les élites au pouvoir pour y répondre. L’élite locale en question avait pour singularité de n’avoir quasiment aucune formation à la gestion publique d’un État moderne, quand bien même certains de ses représentants les plus illustres (Senghor, Houphouët-Boigny, etc.) pouvaient compter sur une expérience parlementaire dans les institutions de l’ancienne puissance coloniale. De cet état de fait résulte en partie la prise en main de la politique de développement par des intervenants extérieurs dès le début des indépendances, et le maintien d’une même politique économique quasi exclusivement tournée vers les exportations de matières premières en direction des pays développés. Pourtant, au-delà de cette perduration de l’emprise coloniale (néocolonialisme), les États africains nouvellement indépendants ont essayé d’initier des stratégies développementalistes. Selon M. Ziguélé, les gouvernements africains se sont distingués dans le choix de deux stratégies différentes, selon une démarche libérale ou socialiste.
La démarche libérale a promu une économie compradoriale d’exportation de matières premières, la mobilisation de l’épargne locale et étrangère, le développement des infrastructures économiques et sociales et la constitution de zones monétaires sous tutelle française, en ce qui concerne l’Afrique francophone. L’objectif primordial de cette stratégie était la croissance du PIB, signe d’évolution et de modernisation, sans que l’aspect de la redistribution des richesses et de l’encadrement du creusement des inégalités ne vienne au premier plan. Le résultat de cette stratégie libérale aurait été une aggravation de la dépendance économique des États africains vis-à-vis de l’étranger.
La stratégie socialiste passait quant à elle par une étatisation de l’économie, une priorité donnée à la transformation locale des produits, à la création d’un tissu industriel local et au contrôle de la répartition des richesses. Cette stratégie se serait elle aussi révélée en grande partie un échec : "Du fait de la nature disparate des industries manufacturières africaines, de leur insatiable besoin de subventions de toutes sortes, de la très forte dépendance de beaucoup d’entre elles à l’égard de l’étranger pour l’acquisition des facteurs de production et de leur impuissance générale à atténuer le chômage ou à donner une impulsion dynamique à l’économie africaine, le secteur industriel est entré en crise et a stagné". Résultat : "au lieu de générer des économies, voire des profits, dans les échanges extérieurs, l’industrie devint la principale source de pertes en ce domaine" . À cet échec de l’industrie s’ajoute l’abandon de l’agriculture vivrière pour les besoins des populations locales, aux conséquences également désastreuses.
Sur le plan politique enfin, la période voit l’élite post-indépendance monopoliser à son profit le pouvoir (partis uniques, dictatures). Cela conduit à un "monolithisme politique qui ne pouvait se dénouer que par des coups d’État militaires". De plus, la coopération interétatique et les échanges économiques régionaux restent très faibles. Les différents dirigeants préfèrent défendre les prérogatives de leur souveraineté nationale, mise à mal par ailleurs. Le bilan des vingt premières années n’est donc pas fameux : les conditions d’existence de la population du continent ne se sont quasiment pas améliorées. Si le PIB global des pays africains a triplé durant la période, la part relative du poids de l’Afrique dans l’économie mondiale a encore diminué. Il s’agit dès lors de trouver de nouvelles solutions.
Fin des années 1970 – milieu des années 1990 : les plans d’ajustement structurel
C’est une Afrique affaiblie par le poids du remboursement des intérêts de la dette qui sert, à partir des années 1970, de champ d’expérimentation au néolibéralisme promue par les institutions financières internationales. Les prêts de ces institutions ne sont désormais octroyés que sous condition d’une réforme globale des politiques publiques menées par des États emprunteurs : "dévaluation de la devise, promotion des exportations aux dépens des cultures vivrières, libéralisation du commerce, réduction des restrictions imposées aux investissements étrangers et privatisations des entreprises et offices publics". Selon M. Ziguélé, ces plans d’ajustement structurel entraînent une "contraction drastique de ces économies qui a engendré diverses crises dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, de l’énergie et de l’eau, à cause entre autres d’importantes réductions de moyens en personnel, créant d’énormes problèmes socio-économiques qui ont freiné le développement". Cette période s’avère donc également un échec du point de vue des stratégies de développement mises en œuvre.
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