Chaque fois que le politique dit se battre contre "les marchés" et se félicite d'avoir évité le pire, la puissance se place au même niveau que l'intendance : qu'elle gagne ou qu'elle perde, peu importe, elle a déjà perdu par le fait même de se battre, tel un instituteur qui s'abaisserait à rendre les coups que lui portent des élèves déchaînés. 
Jean-Pierre Dupuy

La folie sans peine est une réédition d’un livre aujourd’hui épuisé, autrefois paru sous la plume de Didier Raymond et ici remanié par Clément Rosset. Un petit livre à quatre mains donc (un philosophe, un psychologue), accompagné d’illustrations inédites de Jean-Charles Fitoussi. Le livre fait partie d’une série de rééditions récentes de « petits » ouvrages de Clément Rosset, plus ou moins sérieux, épuisés et parfois oubliés . Il faut ici mentionner une microscopique polémique qui eut lieu il y a quelques années au sujet de ce livre. Elle est rétrospectivement fort amusante. A l’époque, le responsable d’un blog s’était intéressé à Didier Raymond et s’était demandé s’il ne s’agissait pas en réalité d’un pseudonyme de Clément Rosset. Didier Raymond est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment sur Schopenhauer et sur Mozart, et il lui arrive de citer Rosset. Il n’est pas insensé d’y relever quelque influence. Difficile en outre de trouver des informations sur Didier Raymond. La thèse du pseudonyme avait de quoi séduire et il faut bien dire que Clément Rosset était bien capable d’écrire une Folie sans peine (il a bien écrit un Précis de philosophie moderne, sorte de pastiche de manuel de philosophie, récemment reparu aux PUF dans la même collection). Aux dires de Clément Rosset lui-même à qui j’avais à l’époque posé la question, Didier Raymond existait bien et les deux auteurs, pour amis qu’ils étaient, n’en était pas pour autant identiques. Pas de double à l’horizon, nous étions rassurés.
Voilà alors que La folie sans peine reparaît dans une « nouvelle version, totalement remaniée » (p. 7) et que Clément Rosset en devient peut-être l’auteur principal, faute d’en être l’auteur original. Il sera difficile de faire la part des modifications apportées par l’un ou par l’autre, et de comparer cette version à la version originale, aujourd’hui introuvable. Le livre se présente comme un manuel inspiré des méthodes Assimil, entre le pastiche et les exercices de style façon Oulipo. Le titre lui-même est peut-être inspiré de La logique sans peine de Lewis Carroll. Il s’agit ici d’aider le débutant à s’initier aux langages des « fous ». La thèse des auteurs (apparemment anodine puisqu’elle a pour suite un simple pastiche) est que les « les différentes formes de désordre mental » (p. 9) sont autant de langages (et non pas, comme aurait dit Lacan, structurées comme des langages). D’où l’intérêt d’une méthode pour tenter de converser avec les malades ou au moins de les comprendre. Mais le principe même d’une telle méthode se heurte à la thèse de départ. Car si les pathologies sont autant de langages différents, il se peut qu’aucune conversation ni traduction naturelle ne soit possible. Plus modestement, le reste de l’ouvrage parlera plus volontiers de dialectes, la thèse devenant alors que la folie est « affaire de langage » et qu’à chaque pathologie correspond un dialecte particulier. J’y reviendrai.
1 commentaire
Pascal Zamor.