Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Pour une approche philosophique de l’environnement urbain
[mardi 05 octobre 2010 - 12:00]
Urbanisme
Couverture ouvrage
Philosophie de l'environnement et milieux urbains
Paquot Thierry (dir), Younès Chris (dir)
Éditeur : La Découverte
183 pages / 16,15 € sur
Résumé : À l’objectif initial de repenser les rapports de l’homme à son environnement dans un monde urbanisé, ainsi qu’à fournir des pistes d’action pour un renouvellement des pratiques aménagistes, cet ouvrage tient son pari. Pertinent et salutaire. 
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Dans le contexte actuel d’urbanisation généralisée, au sein duquel émerge tout un répertoire d’actions étiquetées "vertes" ou de politiques écologiques, la notion d’environnement semble se brouiller. Chaque sphère d’action tendant à s’approprier le "développement durable", il devient nécessaire de repenser les notions d’ "environnement ", de "nature" et de "milieux urbains". Sous la direction des philosophes de l’urbain, Thierry Paquot et Chris Younès, cet ouvrage collectif a pour objectif de mettre à jour une "philosophie de l’environnement" qui puisse faire face aux mutations en cours, interpréter le nouveau rapport de l’homme à son environnement mais aussi suggérer des pistes pour un renouvellement des pratiques aménagistes et urbanistiques.

La ville au croisement de la nature et de la culture 

Tout d’abord, dans l’optique d’aborder une "philosophie de l’environnement", diverses contributions traitent de la relation entre  "nature" et "culture" à travers un rappel des diverses théories qui ont traversé l’histoire des idées. Une recension nécessaire qui invite ensuite les auteurs à interroger la place de la ville au sein de cette dualité. Le contrôle et la mise à distance de la nature ayant constitué les "conditions de la liberté, de l’égalité et de la fraternité "ainsi que la puissante dynamique de la modernité, la ville en est l’expression même. Elle apparaitra ainsi comme "l’œuvre par excellence de la civilisation conçue comme une distanciation progressive d’avec la nature". Mais actuellement, avec le retour d’évènements naturels catastrophiques, l’idée d’une domination de l’homme sur la nature est remise en question. Malgré le fait que la croissance urbaine tende à diminuer la sensibilité à la nature, "l’épaisseur des murs de la cité assourdit la voix de la nature", les territoires urbanisés et naturels sont aujourd’hui "inextricablement entremêlés". 

Insistant sur les permanentes interactions entre l’Homme et son milieu, Chris Younès préconise d’interroger ces relations dans un monde urbanisé. Les "milieux urbains requièrent de comprendre ces relations et interactions entre les éléments et les êtres vivants qui les constituent " et donc de penser l’équilibre entre les "données physico-biologiques et les spécificités anthropologiques", entre les écosystèmes et l’urbanisation. Car ce sont justement ces "corythmes entre Nature et Culture qui constituent l’enjeu des reliances régénératrices des milieux urbains". 

Intégrer notre "rapport au monde" dans l’aménagement des "milieux urbains" 

De nos jours, cette relation "nature/culture" est évidemment chahutée avec les processus d’anthropisation, d’urbanisation et d’industrialisation des espaces naturels. Dans ces dynamiques, notre "être au monde" est rarement pris en considération. Or, comme nous le rappelle Xavier Bonnaud dans une stimulante contribution, l’espace physique, dans sa concrétude, participe pourtant de l’élaboration de notre rapport au monde. L’espace, dit-il, influe notre "assise dans le monde physique", il participe de notre ancrage dans le monde. De la masse  de la planète qui a formé nos corps de manière spécifique, à la gravité qui a équipé nos êtres de récepteurs sensoriels, les liens unissant notre corps à la Terre sont particulièrement forts. D’où  ce "savoureux sentiment d’adaptation à la planète où s’entremêlent les données concrètes de sa masse, le temps long de notre morphogénèse, la richesse de notre équipement physiologique. À notre planète, active par sa donne gravitationnelle, l’immense richesse de notre appareillage perceptif est en permanence connectée". La reconnaissance de cette "physicalité partagée" met particulièrement en évidence notre "être au monde" et nos liens à l’environnement qui nous entoure. Une prise de conscience, notamment par les architectes, du partage des contraintes de l’espace pour tous les êtres vivants, permettrait d’adoucir l’opposition "nature/ culture".

Titre du livre : Philosophie de l'environnement et milieux urbains
Auteur : Paquot Thierry (dir), Younès Chris (dir)
Éditeur : La Découverte
Collection : Armillaire
Date de publication : 10/06/10
N° ISBN : 270716481X
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