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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
La corrida, c'est pas pour les fillettes
[jeudi 30 septembre 2010 - 16:00]
Ethique
Couverture ouvrage
50 raisons de défendre la corrida
Francis Wolff
Éditeur : Mille et une nuits
104 pages / 3,33 € sur
Résumé : Francis Wolff devient gourmand et, loin de se contenter de prouver que la corrida n'est pas un crime, tente de nous montrer qu'elle est moralement bonne.
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Alors que, le 28 juillet, le Parlement de Catalogne a voté l’interdiction de la corrida, signe de la montée en puissance des mouvements anti-corrida, Francis Wolff prend la plume pour proposer 50 raisons de défendre la corrida – ouvrage qu’il considère comme "une arme dans une bataille [qu’il croit] juste". 

Selon les sources de Wolff lui-même, le débat sur la corrida est un combat dans lequel les passions sont promptes à se déchaîner et la tendance à diviser le monde en "alliés" et en "adversaire" puissante . Avant d’entrer dans le vif de notre compte-rendu, prenons quelques mots pour clarifier notre propre position dans ce débat, afin d’éviter tout procès d’intention : nous ne sommes ni d’un côté, ni de l’autre. Si le spectacle de la corrida ne nous dérange pas (nous y avons assisté à plusieurs reprises), son interdiction ne nous fait ni chaud ni froid. C’est pourquoi notre but n’est pas ici de défendre Francis Wolff, ni de réfuter chacun de ses arguments, mais de les évaluer pour eux-mêmes.

 

Les aficionados ne sont pas une bande de sadiques

L’ouvrage de Francis Wolff peut être divisé en deux grandes parties, étant donné que son objectif est double : il ne s’agit pas uniquement pour lui de montrer que la corrida est "excusable" (au sens de moralement non mauvaise), il compte bien montrer "qu’on peut la défendre parce qu’elle est moralement bonne".  Ainsi, on peut distinguer dans l’ouvrage de Francis Wolff deux types d’arguments : ceux destinés à montrer que la corrida n’est pas mauvaise (et donc que son interdiction n’est pas justifiée) et ceux destinés à montrer qu’en plus, elle est moralement bonne (et donc que son interdiction constitue un désastre sur le plan moral).

Penchons-nous pour commencer sur la première catégorie d’arguments, qui peuvent eux-mêmes être séparés en deux groupes. On peut en effet distinguer deux grands types d’arguments contre la corrida : ceux qui arguent que la corrida a de mauvaises conséquences (parce que, par exemple, elle occasionne de la souffrance à des créatures vivantes ) et ceux qui prétendent que le fait d’apprécier le spectacle de la corrida est révélateur de mauvaises dispositions (parce qu’il faudrait être sadique pour apprécier ce genre de spectacle )

Les arguments [24] à [35] peuvent être considérés comme une tentative pour répondre aux arguments basés sur les dispositions. Non, les aficionados ne sont pas que "des psychopathes, des pervers assoiffés de sang"  : et pour preuve, "on ne voudrait que rappeler le nom de tous ces artistes, poètes, peintres, de tous pays, de toute conviction, au moins aussi sensibles à la vie et à la souffrance que tous les autres hommes, et non dénués de moralité ou d’humanité", soit : "Proser Mérimée, Federico Garcia Lorca, José Bergamin, Pablo Picasso, etc." Notons que, malgré les apparences, cette argument n’est pas un simple argument d’autorité, qui serait alors invalide : il s’agit de montrer par des exemples que l’on peut apprécier la corrida sans être un sauvage assoiffé de sang.

Cette ligne de raisonnement est poursuivie en montrant que la corrida n’est pas attachée à des valeurs particulières que l’on pourrait imputer à ces admirateurs : non ! la corrida n’est pas archaïque (elle ne remonte pas au-delà du XVIIIe siècle), non ! la corrida n’est pas franquiste (il y eut autant d’antifranquistes que de franquistes dans les rangs des aficionados), non ! la corrida ne fait pas partie de la face obscure de l’Espagne (elle n’est pas liée à l’Inquisition ou à l’expulsion des juifs).

Les arguments de Francis Wolff montrent ainsi qu’on ne peut condamner moralement la corrida parce qu’elle serait un indice du caractère vicieux de ceux qui y assistent. Mais ces arguments ne sont pas suffisants pour clore le débat : en effet, il est possible à des gens parfaitement normaux de prendre part par accident ou ignorance à des événements criminels. Après avoir prouvé que la corrida n’est pas le fait de gens vicieux, encore faut-il montrer qu’elle n’est pas mauvaise par elle-même.

Titre du livre : 50 raisons de défendre la corrida
Auteur : Francis Wolff
Éditeur : Mille et une nuits
Collection : Les Petits Libres
Date de publication : 02/05/10
N° ISBN : 2755505761
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21 commentaires

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muller camille

16/02/11 22:51
un livre pour des nases
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samydread

14/10/10 20:52
le taureau n'est qu'un accessoire de la corrida

la question est : voulons-nous, acceptons-nous encore ce genre de spectacle dans notre société?


Au moment où l'humanité est en train de mettre à genou une bonne partie des écosystèmes terrestres, c'en est risible de constater que le spectacle dérisoire d'un taureau ensanglanté (ce qui nous rappelle notre condition de prédateur) indispose à ce point


Cachez ce sein que je ne saurais voir.
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Florian Cova

13/10/10 13:23
@victorlefevre :

Je suis d'accord avec tout ce que vous venez de dire et je n'ai pas grand chose à y rajouter. Effectivement, l'option de Wolff a de grandes chances d'être le résultat d'un anthropomorphisme : prêter au taureau des "préférénces" et des valeurs qui sont celles du guerrier fier de mourir au combat.

Wolff se manque de notre vision "disneylandisé" de la nature animale. Pour en finir sur le sujet, on pourra lui faire remarquer que l'idée d'un taureau qui n'a qu'une envie : combattre est un stéréotype que l'on retrouve chez... Disney ! Regardez plutôt : http://blog.philotropes.org/post/2010/10/13/RECENSION%3A-50-raisons-de-défendre-la-corrida
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victorlefevre

12/10/10 14:23
Merci pour vos éclaircissements tout au long de la discussion.

J'ajouterai dans la balance un élément en défaveur de la corrida, si on raisonne en termes de préférence.

Il existe une donnée objective et certaine concernant le taureau : sa mort. Le taureau peut-elle se la représenter ? Difficile de répondre. A supposer que oui, la souhaite-elle ? Je crois que non. Cette croyance se fonde sur l'expérience personnelle (ayant déjà accompagné un animal à l'agonie) mais il me semble raisonnable de croire que tout animal, dès lors qu'il a une conscience - fut-elle minimale - du risque de mort cherchera à éviter l'issue fatale. Cela pourrait s'étayer par un raisonnement de biologie évolutive.

Si on commence à aller sur ce terrain des préférences de l'animal, on se retrouve donc confronté à deux alternatives :

- soit les animaux ("supérieurs") sont conscients de leur mort et il ne faut pas les tuer. On se doit alors d'être anti-corrida et végétarien.

- soit les animaux n'ont pas conscience de leur mort (ce sont des machines) ou tout du moins on ne peut rien savoir à ce sujet. Alors il est indéterminable de savoir si c'est un bien ou un mal pour l'animal de mourir. La protection de l'animal doit alors se tourner vers d'autres arguments (effet de la violence gratuite sur les spectateurs, équilibre écologique, etc)

L'option de Wolff (en caricaturant à peine, le taureau a conscience de sa mort et c'est une fierté pour lui de mourir au combat) me semble insoutenable.
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Florian Cova

10/10/10 22:59
@victorlefevre :

Excellentes questions ! Selon moi, l'argumentation de Wolff sur ce sujet oscille entre deux points : (i) combattre est ce que préfère le taureau et (ii) c'est dans la nature du taureau de combattre.

Je m'explique : le but de Francis Wolff est de montrer que le "bien" du taureau se trouve dans le fait de combattre. Or, il a recours à deux techniques pour appuyer cette idée. L'une d'entre elle, la (ii), consiste à adopter un point de vue aristotélicien, selon lequel :

a) le taureau a une "nature" qui peut être décrite de façon téléologique : il a pour fin (but) de combattre (c'est la nature du taureau de combattre),
b) pour chaque individu, le bien consiste à réaliser sa nature.

Ces deux prémisses sont bien sûr hautement discutables, déjà parce que (b) est loin d'être évident et ensuite parce que (a) suppose une idée de nature qui, comme je l'ai déjà mentionné dans la critique et certains commentaires, semble ne plus avoir cours dans le cadre actuel de notre vision scientifique du monde (qui écarte le recours à la téléologie).

Le recours à la "nature" semble donc difficilement praticable. Il avait néanmoins pour avantage de permettre de définir le bien du taureau d'un point de vue extérieur. La stratégie (i) oblige maintenant à "entrer dans la tête du taureau" et à lui prêter quelque chose comme des préférences, ce qui est là aussi loin d'être évident : comment déterminer ce que le taureau préférerait s'il avait le choix ? Est-ce que les "aficionados" comme Wolff ne projettent pas leurs propres valeurs (la grandeur de mourir au combat) sur un taureau qu'elles n'effleurent même pas ? Il y a effectivement là un point faible de l'argumentation, point faible que Wolff essaye de dissimuler en sautant de façon répétée de la stratégie (i) (qui est ontologiquement acceptable mais épistémologiquement difficile à pratiquer) à la stratégie (ii) (qui est ontologiquement bancale mais permet de déterminer le bien du taureau sans tenter de l'introspecter).

Autrement dit, je pense effectivement qu'il y a là un problème. Wolff pourrait alors répondre : mais dans ce cas, il est impossible de déterminer si la corrida représente un bien ou un mal pour le taureau, et donc on ne sait pas si elle est mal. On lui rétorquera que dans le doute, mieux vaut s'abstenir.
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