On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

"Au Japon, dit un proverbe, l’eau et la sécurité ne coûtent rien." Cette phrase illustre bien l’importance du contrôle social dans ce pays. Car si le Japon s’est doté à l’ère Meiji (1868-1912) d’une police moderne, le contrôle social communautaire a continué jusqu’à une période récente à jouer un rôle primordial. Ceci explique comment le Japon peut avoir un taux de délinquance inférieur aux autres pays développés, tout en ayant des effectifs de police inférieur de moitié à ces pays, et par exemple à ceux de la France (1 policier pour 500 habitants au Japon contre 1 pour 250 en France). Le choix fait par Uranaka Chikao de traiter à la fois de l’institution policière et du contrôle social dans son livre Police et contrôle social au Japon, est tout à fait judicieux. Pourtant, l’ouvrage de ce chercheur au Centre d’études et de recherches sur la police (CERP) de l’Université de Toulouse-Capitole, n’échappe pas aux écueils propres à sa discipline, la criminologie, et à certains clichés xénophobes dans l’air du temps.
Le livre d’Uranaka Chikao, tiré de sa thèse de doctorat, se divise en trois parties : une première, historique, narre l’histoire des polices primitives jusqu’à la création d’une police moderne dans le cadre de la constitution d’un Etat-nation à l’ère Meiji (1868-1912). Une deuxième partie décrit de manière très détaillée l’institution policière d’après-guerre et son fonctionnement. Enfin, une troisième partie, plus sociologisante, tente de décrire la place de la police moderne dans les formes de contrôle social traditionnel.
Tentative de centralisation et polices primitives
Commençant par le commencement, Uranaka Chikao nous décrit l’âge d’or du Japon préhistorique (périodes Jomon et Yayoi, soit du Xème siècle avant J.C à 250 après J.C), son paradis perdu, où « la vie quotidienne » d’après lui, était « douce et pacifique, avec peu de délinquance et de désordres » Les « déviances » à l’époque sont établies à l’aune des religions animistes du shintoïsme qui distingue deux catégories de délits. La première, l’amatsu tsumi (les « péchés du ciel ») désigne des infractions très diverses mais néanmoins exotiques, comme le anahachi (destruction d’une rizière), le ikihagi (écorcher un cheval vivant) ou encore le kusohe qui consiste à profaner un lieu de culte avec ses excréments . La deuxième catégorie, le kunitsu tsumi (« péchés sur terre »), recouvre des interdits liés aux relations humaines en société, comme la violence, l’outrage du cadavre, divers types d’incestes ou encore la zoophilie. Les solutions, outre l’exil du fautif, consistaient souvent en des cérémonies de purification de la communauté.
Avec la création en 710 du Yamato, un embryon d’Etat, les besoins de sécurité et d’ordre public apparaissent. Afin de faire appliquer le système administratif du ritsuryô, l’empereur Saga fait créer en 816, les kebiishi, une police impériale de Kyôto, dont le champ d’intervention se limite à la capitale. Deux autres corps de police viennent compléter ce premier dispositif policier. Face à l’augmentation de l’attaque des convois d’impôts par des pirates en mer ou des paysans pauvres sur les chemins, la cour impériale crée le tsuibushi. Par ailleurs, un autre corps, les ôryôshi ont pour mission d’escorter les paysans envoyés à Dazaifu, au sud du Japon, pour faire leur service militaire. Bientôt, ils sont chargés de la sécurité des routes principales hors de Tôkyô.
Au XIIème siècle, Minamoto no Yoritomo crée un gouvernement militaire à Kamakura, le shogunat. Le système est en partie décentralisé et dans chaque domaine, les seigneurs (bushi) ont la possibilité de juger des petits actes de délinquance et d’appliquer les peines. Avec le shogunat de Muromachi (XIVème siècle) le pays s’enfonce dans des guerres civiles qui dureront deux siècles. C’est l’époque du « monde à l’envers » (gekokujyô) et il n’y a plus à proprement parler de corps de police.
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