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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Le libéralisme institutionnel dans la France du XVIIIe siècle
[mardi 28 septembre 2010 - 09:00]
Histoire du Droit
Couverture ouvrage
Grande robe et liberté. La magistrature ancienne et les anciennes institutions libérales
Elina Lemaire
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
375 pages
Résumé : Elina Lemaire procède à une synthèse des doctrines libérales des parlementaires du XVIIIe siècle. Une précieuse contribution de juriste à l’histoire du libéralisme français.
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L’archéologie des doctrines politiques et juridiques contemporaines conduit au constat suivant : ces doctrines n’apparaissent jamais primitivement dans la forme que nous leur connaissons actuellement. L’histoire des doctrines n’aurait aucun sens si elle consistait à ne situer les origines d’un courant doctrinal qu’à partir de l’instant où celui-ci épouserait rigoureusement les formes et les contenus qui le définissent aujourd’hui. Tel est le sens, d’un point de vue méthodologique, du travail entrepris par Elina Lemaire sur les idées libérales des magistrats de l’ancienne France. Mais il ne saurait évidemment se limiter à ce constat, qui semble d’ailleurs minime au regard des apports souvent décisifs de cette étude. Dans celle-ci, Mme Lemaire se proposait de mettre en lumière la contribution des grands robins à la construction du vaste complexe des doctrines libérales.

On ne manquera pas de préciser que l’auteur adopte une démarche tendant à considérer – à la suite de Lucien Jaume – que le libéralisme n’est pas un bloc monolithique, mais qu’il existe plusieurs libéralismes. Il est généralement admis que le libéralisme place l’individu au cœur des constructions politiques et philosophiques, tendant à valoriser – parfois à l’extrême –, son autonomie et sa liberté entendue comme une puissance morale essentiellement liée à son être. Toutefois, telle n’est pas, en France, la signification du libéralisme du premier XIXe siècle, qui n’assigne pas dans ses constructions, une place essentielle à l’individu. Les auteurs français de la première moitié du XIXe siècle ont pour particularité de penser le libéralisme d’un point de vue institutionnel, et non sous le rapport de l’autonomie du sujet. Il s’agit donc d’un libéralisme qui consiste à penser que les conditions de la liberté dépendent d’agencements institutionnels spécifiques. En d’autres termes, la liberté est le produit d’une certaine vision du rôle des institutions, et non le contraire. Il s’agit donc d’une étape dans la construction intellectuelle d’un libéralisme français dont les traits ont évolué au fil du temps, pour devenir ensuite un courant doctrinal centré sur l’individu. L’ouvrage de Mme Lemaire montre que les conceptions libérales du début du XIXe siècle sont le fruit d’une réflexion entamée par les parlementaires sous l’Ancien Régime, dans le courant du XVIIIe siècle. Les années 1750-1789 constituent, sous certains aspects, une radicalisation de vues pour partie élaborées au cours de la première moitié du siècle. Les intuitions libérales des robins de l’ancienne France, magistrats des parlements, s’expriment à travers une politique de remise en cause de l’absolutisme monarchique apparu au XVIIe siècle, même s’il convient de ne pas trop exagérer la portée du caractère absolu de la monarchie. Ce faisant, ils élaborent une réflexion que l’on trouve, très majoritairement dans les remontrances des cours, mais aussi dans les traités et les essais écrits par les magistrats des parlements. Certes, les vues des officiers des cours ne forment pas un corps de doctrine homogène, et il serait malvenu de vouloir les présenter ainsi, un écueil qu’évite l’auteur de cet ouvrage. Mais il n’en reste pas moins que les doctrines des parlementaires sont susceptibles d’une mise en ordre, qui tendrait à mettre en lumière les lignes directrices d’une réflexion libérale. Car les doctrines parlementaires ont ceci de commun qu’elles présentent une réflexion d’opposition nourrie par leurs délibérations et discussions séculaires.

Dans son étude, Mme Lemaire entreprend d’élucider, avec succès, le sens des revendications parlementaires. C’est donc un vaste continent intellectuel qu’elle explore méthodiquement, en étudiant un corpus de six à sept cents textes de remontrances des Parlements de France, d’arrêtés, de lettres et discours qui reflète le courant général d’idées animant la grande robe au XVIIIe siècle.

Titre du livre : Grande robe et liberté. La magistrature ancienne et les anciennes institutions libérales
Auteur : Elina Lemaire
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Collection : Léviathan
Date de publication : 07/04/10
N° ISBN : 978-2-13-056685-4
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