On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Psychanalyse et philosophie vont en bateau !
Bien avant que n'éclate le raz-de-marée face à l'attaque de Michel Onfray contre le père de la psychanalyse, dans le numéro 4-5 de la revue Incidence, sur un littoral certes beaucoup plus calme et bien moins éclairé des sunlights médiatiques, mais non moins luxuriant pour autant, se nouait un dialogue fécond entre des embarcations de philosophes et de psychanalystes. Près de la plage (sans doute celle où s'effacent les visages de sable ?) , mouillait une douzaine de petits navires théoriques. Tous sont allés à la pêche à la pensée de l'inconscient dans l'oeuvre de Michel Foucault avec une seule règle, héritée de Jacques Derrida, qui sert de sous-titre à la revue, "il faut être juste avec Freud" . Nos théoriciens ne pratiquent pas une pêche au gros ou industrielle mais, plutôt, un art de patience où des lignes précises sont lancées pour hameçonner quelques poissons ou découvrir quelques perles au beau milieu des filets théoriques et des viviers d'idées que Foucault nous a légués dans ses livres, ses cours et ses articles. Loin du remous et des tonnerres éditoriaux, l'équipage vogue donc doucement, convaincu qu'à faire trop de bruit on ne (s')entend plus penser. A l'inverse de certains pirates du savoir, nos "pêcheurs" semblent tout prêts à relâcher leurs proies car à trop s'attacher à ses convictions, on finit par croire qu'elles sont les seules à être vraies et par perdre de vue la boussole de la liberté...
Les articles nous apprennent que dans les flots d'encre répandus par Michel Foucault, un rapport à la psychanalyse n'a cessé de s'écrire. Mais ce lien constant évolue au fil des ans dans une sorte d'eau trouble : aucun ouvrage de Foucault n'a fait le point de manière définitive sur sa position quant à la psychanalyse et chaque temps de son parcours semble plutôt questionner de façon nouvelle, et souvent tranchante, le "champ et la fonction-psy". De façon cohérente, les différentes contributions mettent en perspective les démontages que le philosophe a progressivement échafaudés face à Freud et ses disciples, leur donnant de plus en plus de fil à retordre. Mais l'ensemble du volume ne se limite pas seulement à rendre plus tangibles ou à classer les critiques de Foucault contre la psychanalyse. Chaque auteur, avec son style, ses références et sa pratique arrive à répondre, à contre-argumenter, à sortir le savoir de l'inconscient hors de l'impasse dans laquelle Foucault semblait l'avoir relégué. Plus même, au large des contributions de ce volume d'Incidence, semble s'ouvrir un horizon pour une "psychanalyse mineure" riche de l'enseignement de la clinique, des outils foucaldiens et de ses reprises contemporaines dans la pensée queer américaine .
2 commentaires
erasme
Il me semble que le livre de Guillaume Le Blanc "L'esprit des sciences humaines" s'inscrit dans cette tentative d'être avec Foucault et "contre" lui en montrant que la psychanalyse ne serait être réduite à une pratique de normalisation.
jhoarau