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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Interpréter, c'est transformer
[jeudi 07 octobre 2010 - 09:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
L'Avenir des humanités. Economie de la connaissance ou cultures de l'interprétation ?
Yves Citton
Éditeur : La Découverte
204 pages / 16,15 € sur
Résumé : Un ouvrage qui fait des humanités la clé de notre culture. Apprendre à interpréter est en effet essentiel dans un société dite de l'information.
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« Société de l’information », « société de la connaissance » et autres slogans de même farine : autant d’expressions mal formées, grosses d’effets d’annonces et de biais idéalistes, argumente vigoureusement Yves Citton dans ce nouvel ouvrage, à la fois polémique et savant. Comment cerner la révolution cognitive en cours mieux que par ces mots rebattus ?

Car il y a véritablement du nouveau ; notre société s’intellectualise et quoi qu’on dise le niveau monte, nos relations se capillarisent (comme en témoigne, parmi d’autres indices, le débat partout relancé ces temps-ci autour du « care »), le multiculturalisme devient évidence en imposant les mondes propres des autres comme énigmes à déchiffrer, l’empire des signes épouse et dépasse chaque jour davantage celui des choses, une part croissante du travail s’effectue devant des écrans, le souci et les valeurs esthétiques pénètrent partout… Certains baptisent ce tournant « capitalisme cognitif », pour souligner à la fois sa vigueur, ses aspects polémiques (l’information pas plus que le capitalisme n’apportent la paix, mais le champ des luttes se déplace), et pour nous inviter à mieux comprendre les nouveaux modes de formation de la valeur, et les jeux de pouvoirs renouvelés qui l’accompagnent.

Pour clarifier cette économie émergente de la connaissance, et mieux préparer sa critique, Citton distingue quatre traits dominants :
    - celle-ci produit des « biens non-rivaux », tels qu’on les conserve tout en les transmettant (le contraire du gâteau, dont on perd une partie en le partageant) : on n’éteint pas sa cigarette en donnant du feu au voisin, pas plus qu’en lui donnant l’heure, ou des cours de langues ; cette remarque, à nuancer fortement dans le cas des informations stratégiques ou confidentielles que Citton n’examine pas, pourrait enrichir la définition de la transmission, qui ne consiste ni à donner, ni à vendre, céder ou aliéner… On ne perd rien à transmettre, c’est une opération gagnant-gagnant ;
    - ces transmissions entraînent des externalités positives difficiles à mesurer, mais aux bénéfices très réels (quels bienfaits apportent à l’humanité telle découverte scientifique, telle publication de roman ou création d’œuvre d’art ? Que gagne-t-on à sauver ou à cultiver une langue rare, ou un obscur philosophe ?) ;
    - les connaissances en général sont transmises à faible coût, voire gratuitement affirme Citton, en songeant bien sûr aux facilités d’acheminement et de conservation des messages sur la Toile ; cette thèse demanderait ici encore à être nuancée ou corrigée par une analyse de l’économie des biens culturels ; les budgets de l’Éducation nationale ne sont pas minimes, ni ceux des maisons de la culture, ou de la distribution du livre et des bibliothèques. Il faut d’une façon générale entretenir un Corps (enseignant ou de fonctionnaires spécialisés) pour transmettre efficacement les connaissances immatérielles ; et quelles que soient les ressources des bénévoles et des militants de l’Internet, ceux-ci ont été précédés et formés par les infrastructures lourdes de l’école, de l’université, de la bibliothèque, du musée ou des salles obscures que les écrans d’ordinateurs et les échanges peer to peer n’ont pas encore rendus définitivement obsolètes ;
    - l’information n’est pas une denrée rare, mais au contraire pléthorique, si bien que la rareté s’est déplacée aujourd’hui des objets aux sujets de la connaissance : ce qui manquerait plutôt à chacun, c’est la faculté d’attention ou, comme l’affirma crûment Patrick Le Lay dans une mémorable et providentielle interview, le « temps de cerveau humain disponible »…

Titre du livre : L'Avenir des humanités. Economie de la connaissance ou cultures de l'interprétation ?
Auteur : Yves Citton
Éditeur : La Découverte
Date de publication : 26/08/10
N° ISBN : 2707160091
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2 commentaires

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Philogno

09/10/10 14:53
Double commentaire. D'abord à propos de nonfiction.fr. J'apprécie le choix des titres proposés et la qualité de la présentation ou de la critique. Même si je suis en désaccord sur le fond, et/ou le traitement du débat (où il est délicieux d'être en désaccord, délicieux et instructif surtout). Ensuite à propos de L'Avenir des humanités sous titré : Interpréter c'est transformer" (Y.C a réagi ?), la présentation et la critique de Daniel BOUGNOUX donnent envie de lire l'ouvrage d'Yves Citton, quitte à le radicaliser : 1/ il n'y a que des interprétations , 2/ il y a autant d'interprétations que de systèmes de références possibles, 3/ donc / voire il y autant de vérités que de référentiels imaginables. Merci.
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peset

08/10/10 21:45
Sur la création et l'interprétation en peinture.
Que pensez-vous, je m'adresse à l'écrivain et à ses lecteurs,
si je vous dis que Picasso passa sa vie de 1907 à 1973
à interpréter une peinture de Cézanne,
"Madame Cézanne dans un fauteuil rouge"
pour créer toutes ses oeuvres?
Cette découverte ne semble pas intéresser l'histoire de l'art.
Comment expliquez-vous cela?

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