On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.


Le 18 septembre 1970, Jimi Hendrix poussait son dernier soupir dans un hôtel londonien. Pour l’anniversaire de sa mort, certaines maisons d’édition se sont investies dans des biographies et autres essais. Parmi ces livres, souvent de belle facture, on peut s’attarder sur deux ouvrages diamétralement opposés, mais d’un intérêt égal et d’une belle complémentarité : Jimi Hendrix, un rêve inachevé, et Jimi Hendrix.
Tout d’abord, Jimi Hendrix, un rêve inachevé. Signé par l’un des meilleurs spécialistes français du musicien américain, Régis Canselier, l’ouvrage se présente comme une analyse de sa discographie, étonnamment pléthorique pour une brève carrière… certes fulgurante. Le dernier disque de la légende de la guitare est resté inachevé, comme un rêve irréalisable. Mais d’autres disques méritent de s’y attarder, et c’est un tour d’horizon fouillé et passionné que nous propose l’auteur. Ainsi, de manière chronologique, chaque enregistrement majeur est mis en lumière. À commencer par les albums : Are You Experienced? (1967), Axis : Bold As Love (1967), Electric Ladyland (1968)... Mais aussi les concerts mémorables comme celui de Monterey (1967), Woodstock (1969) et de l’Isle de Wight (1970), qui, rappelons-le, n’est pas son dernier concert. Enfin, le chapitre Une vie après la mort (slight return) qui traite, parmi d’autres "œuvres" posthumes, le fameux Jimi Hendrix : Blues de 2004. Le tout sans omettre le rôle primordial des deux producteurs successifs d’Hendrix, Michael Jeffery et Alan Douglas. Et rétablit certaines vérités : "The Wind Cries Mary" inspira Miles Davis, "Purple Haze" n’est pas inspirée par l’usage de LSD mais par un livre de Philip José Farmer, etc.
L’ouvrage est avant tout objectif, voire scientifique sur bien des points. C’est précisément ce qui pourrait gêner la lecture d’un néophyte ou d’un lecteur occasionnel. Jimi Hendrix, un rêve inachevé s’aborde lorsqu’on est (au minimum) familier de Jimi Hendrix. Et se savoure encore plus si on en est un fervent admirateur. Cependant, Canselier sait donner du mordant à son analyse, et ne se retient pas de donner son avis. Il n’hésite donc pas à dénoncer les nombreuses manœuvres à unique but financier, comme le récent album "inédit" Valleys of Neptune, proposant entre autres des parties instrumentales du bassiste Noel Redding et du batteur Mitch Mitchell. Outre un riche aspect discographique, une impressionnante bibliographie et un index de l’intégralité des morceaux de Jimi Hendrix complètent ce que l’on pourrait considérer comme l’anthologie critique la plus exhaustive de son corpus musical.
Aucun commentaire