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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Histoire sanglante de la dynastie Bhutto
[mercredi 29 septembre 2010 - 00:00]
Asie
Couverture ouvrage
Songs of Blood and Sword. A Daughter's Memoir
Fatima Bhutto
Éditeur : Penguin Press
496 pages
Résumé : Entre récit de l'histoire sanglante d'une dynastie et stratégie politique, la journaliste et écrivaine Fatima Bhutto, nièce de Benazir, perpétue un genre autobiographique propre à sa famille et  tente de restaurer le prestige des Bhutto. Un devoir filial.
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Petite-fille du Premier ministre Zulfikar Ali Bhutto, Fatima est la fille de Mir Murtaza, premier né des fils Bhutto, tandis que Benazir était l’ainée de la fratrie. Les Bhutto ont fait le dur apprentissage d’une vie politique pakistanaise sanglante. Mais sans doute le curieux, désireux d’en apprendre davantage sur la nature et le déroulement des drames qui secouèrent ce que l’on peut nommer la dynastie des Bhutto, a-t-il déjà lu l’autobiographie - Daughter of the East  - que Benazir Bhutto publia, pour la première fois, en 1988. Fatima Bhutto - qui, pourtant, continue de nourrir une vive animosité envers sa tante, aujourd’hui décédée, lui emprunte cette démarche toute particulière. Ainsi use-t-elle (sans doute inconsciemment) d’une stratégie déjà éprouvée dont l’opinion publique pakistanaise - qui a fait l’expérience des deux mandats que la République Islamique confia au Premier ministre Benazir Bhutto  - n’est cependant plus la dupe.

Fatima nie tout dessein politique ; c’est là une ambition qu’elle réserve à son cadet, son demi-frère pakistano-libanais, Zulfikar, seul véritable héritier, selon elle, des Bhutto. Se gardant de toute adhésion à un système patriarcal rigide , elle refuse toutefois à son cousin Bilawal le nom de Bhutto qu’il plaça devant le patronyme de Zardari au lendemain de la disparition de sa mère. Dans un ouvrage dont le titre évocateur (Songs of Blood and Sword) emprunte à la poésie iranienne contemporaine , la jeune écrivaine et journaliste cherche à jouer sur la descendance prestigieuse qui est la sienne pour souligner la valeur du témoignage qu’elle propose. S’attachant à restaurer le prestige d’un nom que sa tante Benazir et son époux Asif Ali Zardari ont (souligne-t-elle implicitement) trainé dans la boue, l’auteure - comme elle l’indique dans le sous-titre de son récit autobiographique (A Daughter’s Memoir) - vise à s’acquitter d’un devoir filial. A l’instar de Benazir Bhutto qui tendit, dans Daughter of the East, à défendre la mémoire de Zulfikar Ali Bhutto - dont elle se proclama, au demeurant, l’unique véritable héritière - Fatima se livre à un exercice similaire tandis qu’elle rend également hommage à son grand-père.

Suite au coup d’Etat du Général Mohammed Zia ul-Haq (6 juillet 1977), Zulfikar Ali Bhutto - accusé d’être responsable de la mort accidentelle du père d’Ahmed Raza Kasuri, alors qu’il aurait commandité le meurtre de ce dernier - fut pendu le 4 avril 1979. Tandis que Murtaza et son frère cadet, Shahnawaz - qui, conformément à la tradition familiale, effectuaient leurs études à l’étranger - prenaient le chemin de l’exil, respectant (d’après Fatima) l’injonction que leur père formulait au lendemain de sa seconde arrestation , Shahnawaz mourut dans des circonstances troubles le 18 juillet 1985.

Le 20 septembre 1996, c’était au tour de Murtaza de succomber. Des coups de feu éclataient non loin de la résidence familiale (Al Murtaza)  dans le très chic quartier de Clifton (à Karachi). Fatima, âgée de quatorze ans, cachait son demi-frère Zulfikar, dans un réduit, tandis que la famille s’interrogeait sur la nature du drame qui se déroulait à l’extérieur. Une fusillade opposait Mir Murtaza Bhutto et ses hommes à des membres de la police pakistanaise. Les circonstances étaient particulières : Murtaza, s’opposant aux vœux du Premier ministre Benazir Bhutto qui craignait - à juste titre - qu’il ne revendique l’héritage des Bhutto et la direction du Parti du Peuple Pakistanais (PPP), était rentré au Pakistan après un exil de seize années. Peu avant son décès, un incident avait opposé Murtaza Bhutto à son beau-frère Asif Ali Zardari dont il aurait recherché l’humiliation, lui coupant - d’après la rumeur publique - une moitié de moustache . C’est là un incident que Fatima Bhutto n’évoque pas. Elle préfère souligner que son père - qui savait ses jours comptés - avait pris la défense d’un fidèle de la dynastie (Ali Sonara) qui avait été injustement arrêté.

A qui Zulfikar Ali Bhutto, à la veille de sa pendaison, confia-t-il le flambeau de la reconquête du pouvoir ? Benazir - qui, au demeurant, fit face à des dures conditions de vie (notamment un emprisonnement rigoureux) jusqu’à son exil volontaire au début de l’année 1984 - s’en réclama-t-elle à tort ? Tel est l’avis de sa nièce, Fatima, qui souligne que son grand-père, entourant ses deux filles (Benazir et Sanam) d’affection, avait particulièrement veillé à ce que ses fils reçoivent une éducation proche de "la perfection" . Cependant les jeunes Benazir, Murtaza et Shahnawaz, que le destin tragique de Zulfikar Ali Bhutto poussa prématurément sur la voie politique, n’étaient-ils pas tous trois des novices ? Il est vrai que les deux frères nourrirent rapidement de grandes espérances. Cherchant à mobiliser l’opinion internationale afin que le Général Zia ul-Haq sursoie à l’exécution de leur père, ils furent en quelque sorte propulsés vers une position d’importance. Ils suscitèrent l’intérêt de leaders alors prééminents du monde musulman tel Yasser Arafat. Fondant - au lendemain du décès de leur père - un mouvement armé (l’Armée de Libération du Pakistan rebaptisée Al Zulfikar - l’épée) qui réunissait des partisans du Premier ministre disparu dont certains étaient parvenus à les rejoindre, Murtaza et Shahnawaz eurent pour première terre d’accueil l’Afghanistan communiste.

Titre du livre : Songs of Blood and Sword. A Daughter's Memoir
Auteur : Fatima Bhutto
Éditeur : Penguin Press
Date de publication : 01/03/10
N° ISBN : 9780670082803
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