On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

En établissant une alliance avec Abraham puis avec le peuple hébreu lors de l’Exode, Yahvé, le Dieu de l’Ancien Testament, noue une relation privilégiée et personnelle avec l’homme, empreinte de fidélité absolue et d’exigence éthique . Cette alliance ne saurait ainsi être rompue mais l’inconstance de l’homme le conduit bien vite à transgresser les termes du contrat. C’est dans ce contexte précisément que pointe la figure du prophète, laquelle traverse comme un leitmotiv l’ensemble de la Bible depuis le livre de l’Exode avec Moïse jusqu’à l’Apocalypse de Jean. Si le frère d’Aaron apparaît comme la figure prophétique emblématique, l’emploi du mot " prophètes " (au pluriel), dans le cadre de la Bible, renvoie traditionnellement aux trois " Grands Prophètes " que sont Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, aux douze " Petits Prophètes " et par là même aux livres qui portent leur nom. En ce sens, le prophétisme biblique naît véritablement avec les débuts de la monarchie (à l’époque de Saül et du prophète Samuel). Dans tous les cas, que l’on se réfère au canon juif de l’Ancien Testament et à ses trois parties : la Loi, les Prophètes et les Ecrits ou au canon grec, suivi par les chrétiens et ordonné en quatre parties : le Pentateuque, les livres historiques, les livres poétiques et les livres prophétiques, l’importance de la littérature prophétique au sein de la Bible s’impose. De ce point de vue, étudier les livres prophétiques, c’est s’immerger au coeur de problématiques religieuses déterminantes. Nul doute que le Guide de lecture des Prophètes, rédigé conjointement par Jesus Asurmendi, Joëlle Ferry (tous deux professeurs d’Ecriture sainte à l’Institut catholique de Paris), Alain Fourniez-Bidoz (a enseigné l’Ecriture sainte au séminaire universitaire de Lyon) et Jacques Nieuvarts (assomptionniste et exégète), ne s’inscrive dans cette perspective.
Des commentaires détaillés des textes
L’ouvrage, décliné en vingt chapitres, se propose de commenter chacun des livres prophétiques (à l’exception de celui d’Abdias). L’avant-propos du livre précise d’emblée que " cet ouvrage s’inscrit dans la ligne d’une collection de commentaires de l’ensemble des livres bibliques tels qu’ils apparaissent dans le cadre de la liturgie et selon la traduction de la Bible liturgique " (le livre d’Abdias ne figure pas dans le lectionnaire). A une courte introduction soucieuse de définir la nature du prophétisme succèdent dix-neuf études consacrées aux différents livres prophétiques (dont trois à Isaïe). Chacun de ces chapitres s’ouvre sur une présentation du livre étudié (auteur, processus rédactionnel, thèmes et contexte historique) suivie d’une sélection de textes commentés de manière détaillée. Comme nous l’avons déjà dit, cette sélection reprend des textes du lectionnaire en les faisant précéder d’un titre qui en résume l’esprit et en intercalant, au coeur des commentaires, des encadrés susceptibles d’éclairer certaines notions essentielles du prophétisme (les actes symboliques des prophètes, la gloire de Dieu, les prophètes et le Temple…). Les auteurs, dans leurs études très complètes, ont su trouver un subtil point d’équilibre entre l’étude des genres littéraires (oracles, lamentations...), l'étude de la structure d'ensemble, celle du lexique (nombreuses références aux termes hébreux et à leur signification) et celle du style.
La dimension poétique des textes
A ce sujet, on leur saura gré d’avoir souligné l’extrême fécondité du réseau métaphorique et d’en avoir explicité la signification théologique. En effet, le langage figuratif, omniprésent, irrigue les textes et les oriente théologiquement. Citons à titre d’exemple la métaphore nuptiale présente d’abord chez Osée puis chez Ezéchiel qui fait de Dieu l’époux d’Israël (femme infidèle et prostituée) ou encore l’extraordinaire vision des ossements desséchés chez ce même Ezéchiel qui annonce la restauration du royaume d’Israël après l’Exil . Le lecteur trouvera ainsi dans les livres prophétiques, aux côtés du livre de Job et de certains passages des Psaumes, les plus belles pages qu’il soit donné de lire dans la Bible. L’extrait d’Osée ci-dessous révèle à lui seul la force poétique de certaines péricopes : " Je serai pour Israël comme la rosée, / il fleurira comme le lis, / il étendra ses racines comme les arbres du Liban. / Ses jeunes pousses vont grandir, / sa parure sera comme celle de l’olivier, / son parfum comme celui de la forêt du Liban. " (Os 14, 6-7)
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