On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

L'écriture de cette recherche sur les Frères Musulmans (FM) part d'un simple constat, énoncé en guise d'introduction : "Dès qu'on parle de l'islamisme dans les pays arabes et en Europe, l'organisation des Frères musulmans est visée par la vox populi. Une image sulfureuse de trublions leur colle à la peau." Mais bien qu'ils soient souvent caricaturés, les FM n'en restent pas moins inconnus du grand public. En arrière fond, l'optique de Brigitte Maréchal est manifeste : éclairer ce mouvement pour le faire sortir de l'ombre des stéréotypes habituels. Un pari loin d'être aisé.
Au début des années 30, une volonté de revitaliser l'islam et d'unifier l'oumma prend forme dans la tête de certains laïcs égyptiens, sous l'influence de l'instituteur Hassan Al-Bannâ. Le vecteur de cette communication s'impose de lui même : la da'wah, prédication qui "rappelle le message de l'islam et l'importance de la pratique religieuse quotidienne" . Revendiquant clairement leur filiation au sunnisme, les FM prônent le changement au cœur même de l'orthodoxie, préférant l'ijtihâd (effort personnel d'interprétation des textes) au taqlid (imitation).
L'arrivée des Frères en Europe
La régionalisation de la pensée FM qui prend place quelques années plus tard (Syrie, Palestine, Yémen du Nord, Irak, etc.), et plus encore sa politisation, emmènent irrémédiablement l'arrivée de sympathisants et de partisans en Europe. Comme le souligne l'auteur, celle-ci ne découle d'aucune volonté de prédication concertée, mais plutôt de volontés individuelles (études, exils politiques). Si c'est à la fin des années 50 que les premiers FM s'installent en Europe, ce n'est que dans les années 80-90 qu'ils s'organisent véritablement et deviennent "un puissant moteur pour l'ensemble de la communauté" . Cette implantation n'est donc pas fulgurante, loin de là : "Les dynamiques organisationnelles connotées FM s'organisent à partir de la rencontre plus ou moins fortuite de personnes qui partagent, ou en viennent à partager, des référentiels communs et un désir de s'engager et d'aller de l'avant.
Très vite, les FM deviennent conscients que l'aspect communicationnel ne doit pas être mis de côté. Cette volonté fait bien évidemment partie de la da'wah, en permettant de faire connaître les idées et les réflexions des frères à un public plus élargi, mais cette communication se met également en place avec l'optique de faire reconnaître le mouvement sur la scène publique et, ainsi, de lui donner un aspect institutionnel, loin de l'image minoritaire qui lui colle à la peau. Les frères font donc naître le Bulletin du centre islamique de Genève, l'Essence ciel, mais également diverses revues comme Sawt al-ghoraba, le Musulman ou encore Al-Islam et Al-Râ'id . L'idée de proposer de nombreuses conférences à travers l'Europe rejoint cette volonté. Depuis l'apparition d'Internet et surtout depuis sa banalisation, les anciennes cassettes de prêches religieuses sont désormais disponibles en podcast, de même que les conférences données à travers l'Europe, que ce soit en arabe, en anglais ou encore en français.
Les Frères contemporains
Depuis les années 50, le mouvement a beaucoup évolué. Le discours tout autant. Comme le montre l'auteur, "la question de l'autorité califale est marginalisée [en Europe]. Ce thème n'est que discrètement énoncé même si celui de l'unité des musulmans reste régulièrement mentionné." Brigitte Maréchal nuance également la volonté révolutionnaire du mouvement, en citant par exemple une conférence de Tareq Oubrou : "Change-toi et le monde changera. L'islam ne fonctionne pas par la technique de la révolution, par les hommes qui veulent changer tout sauf eux-mêmes. Ce n'est pas une brutalité : ça commence par nous même d'abord. Je n'ai de responsabilité qu'à l'égard de moi-même ; change-toi et le monde changera." De même, Abdallah Benmansour, l'un des membres fondateurs de l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), déclarait en 2003, suite à l'affaire du texte de loi interdisant le port du voile dans les écoles : "Nous rappelons que nous suivons les lois. Nous ne transgressons pas. Mais nous allons demander de changer cette loi, car elle est injuste." Pour l'auteur, "nous sommes donc loin des conceptions de Qutb qui, selon Olivier Carré, envisage la révolution politique comme la clef du changement social".
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Achille