On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Pour Jean de la Bruyère dans Les Caractères, "le peuple appelle éloquence la facilité que quelques uns ont de parler seuls et longtemps […]. Il semble que la logique est l'art de convaincre de quelques vérités et l'éloquence un don de l'âme, lequel nous rend maîtres du cœur et de l'esprit des autres, qui fait que nous leur inspirons ou que nous leur persuadons tout ce qui nous plaît". Aux côtés de l'homme politique, l'imaginaire collectif prête à l'avocat ce "don de l'âme", cette capacité à convaincre en usant de tous les ressorts de la rhétorique pour faire triompher une thèse.
L'image d'Epinal de l'homme en noir, debout dans un prétoire, déclamant un argumentaire appuyé d’effets de manche illustre la couverture d'un ouvrage intitulé Paroles d'avocats. Anthologie d'éloquence judiciaire, publié chez Hermann.
Pierre Bérès, Evelyne Pisier et Yves Ozanam ont réuni dans ce recueil vingt discours prononcés entre 1878 et 1988 à l’occasion des cérémonies de rentrée du Barreau par des avocats en leur qualité de premier ou second Secrétaire de la Conférence.
Préfaçant l’ouvrage, Daniel Soulez Larivière, grande figure du Barreau et ancien Secrétaire de la Conférence, éclaire le lecteur sur cette tradition à partir de sa propre expérience.
Chaque année, de jeunes avocats peuvent mesurer leur talent oratoire lors d’un concours à éliminations successives. Douze lauréats choisis par un jury composé des Secrétaires en fonction deviendront Secrétaires de la Conférence. Originellement, cette dernière offrait l’occasion aux jeunes avocats de parachever leur formation par une sorte de compagnonnage. Progressivement, la Conférence est devenue un concours d’éloquence offrant, outre une certaine renommée, diverses distinctions honorifiques. Parmi celles-ci, les deux meilleurs orateurs (premier et deuxième Secrétaires) prononcent un discours lors de la cérémonie de rentrée du Barreau devant une assemblée composée d’avocats et plus largement de représentants du monde judiciaire et politique (Garde des Sceaux, ambassadeurs, magistrats, avocats étrangers…).
L’usage veut que le premier Secrétaire prononce l’éloge d’un avocat décédé. Le deuxième Secrétaire, quant à lui, raconte, fait ou refait le procès d’un personnage ou d’une œuvre. Pour faciliter l’accès du livre au public le plus large, les auteurs ont privilégié les discours portant sur les procès (réels ou fictifs). Seuls font exception les discours prononcés par Michel Vauzelle sur "Daniele Manin, avocat vénitien", et Jean-Denis Bredin sur le bâtonnier Fourcade.
Trois parties, autant de thèmes abordés par les Secrétaires, structurent le recueil :
- "Sur la société"
- "Sur la littérature"
- "Sur les relations entre le pouvoir et la politique".
Parmi les orateurs, le lecteur reconnaîtra certaines figures du Barreau (Georges Kiejman, Jean-Denis Bredin, Daniel Soulez-Larivière) ou de la politique ayant épousé la profession d’avocat (Edgar Faure, Michel Vauzelle).
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