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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens.

Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012. 

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L'archéologie au service de l'idéologie
[vendredi 27 août 2010 - 15:00]
Archéologie
Couverture ouvrage
La fabrique de la première archéologie franquiste (1939-1956)
Francisco Gracia Alonso
551 pages / 32 € sur
Résumé : Un ouvrage qui fera date sur l'archéologie dans l'Espagne de Franco entre 1939 et 1956.
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Avec cet ouvrage très dense  , qui compte un demi-millier de pages (en petits caractères !), Francisco Gracia Alonso propose une réflexion sur les évolutions du cadre institutionnel et légal de l'archéologie en Espagne, pendant les 17 premières années de la dictature de Franco. Sa recherche répond d’abord à une préoccupation "générationnelle" : celle des "petits-fils" de la guerre civile (1936-1939), dont la démarche de "récupération de la mémoire historique" se veut à la fois scientifique et engagée. Elle applique en outre à l’Espagne franquiste certains des questionnements soulevés par l’historiographie récente, notamment sur l’utilisation de l’archéologie par les régimes totalitaires  .

 

Avant la guerre civile : une archéologie espagnole à l'école allemande

 

Les fondements théoriques et la pratique scientifique de l'archéologie correspondaient pour l’essentiel, dans l’Espagne d’avant 1936, à ceux qu’avait dégagés l'école allemande. Quant à la pratique archéologique, elle s’incarnait dans une bourgeoisie souvent formée en Allemagne, à l’instar des intellectuels de la "génération de 14"  . Cette proximité avec l’Allemagne n’empêcherait pas du reste les intellectuels espagnols de prendre position en faveur de l’Entente entre 1914 et 1918  . Mais au regard de l’histoire de la pratique archéologique, la période qui s’ouvre en 1939 et se clôt en 1956 fait figure de parenthèse : c’est la thèse que défend ici Francisco Gracia Alonso. L’auteur rend compte des fractures qui parcourent à cette époque le monde de l’archéologie en Espagne. Comme dans la société civile, les idéologies y déchirent des familles de chercheurs, à tel point qu’on se prend à rêver parfois au parti qu’un romancier ou un metteur en scène pourrait tirer du livre. Pourtant, après 1956, tout se passe comme si la parenthèse d'une archéologie conçue comme champ de bataille des idéologies se refermait en Espagne. Vint alors le temps du retour à une forme de continuité académique avec l’avant-1939.

 

La parenthèse (1939-1956) : vers une archéologie "phalangiste"?

 

En quoi cette fameuse parenthèse a-t-elle consisté entre 1939 et 1956 ? D’abord dans la mainmise d'un archéologue phalangiste, aux sympathies nazies, sur l’archéologie espagnole. Fils d'un général ami du Caudillo, Julio Martínez Santa Olalla mit à profit les premières années de la dictature franquiste et de la reconstruction idéologique et matérielle du pays afin d’établir un nouveau cadre institutionnel et légal pour l’archéologie. Il restructura un réseau d’inspecteurs et établit son autorité sur les fouilles archéologiques. Il s’agissait de placer la recherche au service du régime et d’inventer une archéologie "phalangiste". L’action de Julio Martínez Santa Olalla se nourrissait d’abord de sa communion idéologique avec le régime nazi, qui le conduisit à nouer des rapports personnels avec Himmler, chef des SS et de la "Société pour la recherche et l'enseignement sur l'héritage ancestral allemand"  , souvent désignée comme l'Ahnenerbe. Le pouvoir de cet archéologue phalangiste dépendait ensuite de sa proximité avec le régime et avec le Caudillo. Enfin, la marge de manoeuvre de Julio Martínez Santa Olalla fut contrainte par le contexte international et les positions adoptées par le régime franquiste pendant la Seconde Guerre mondiale – très favorable aux puissances de l'Axe dans un premier temps, puis plus "neutre" à mesure que la victoire des Alliés se profilait – puis dans la Guerre froide.

Julio Martínez Santa Olalla a toutefois rencontré des obstacles dans sa volonté de faire marcher l’archéologie au pas phalangiste. Sa personnalité nuisait ainsi à son action. Autoritaire et plein de ressentiment à l’égard du monde académique, il dressa contre lui l'immense majorité des archéologues reconnus. Avec les débuts de la Guerre froide, les puissances occidentales tournèrent de surcroît leur regard vers l’Espagne. Désormais considéré comme un rempart face à l'expansion communiste dans le monde, le pays pouvait s’autoriser des pratiques autoritaires, mais devait dissimuler les aspects les plus évidemment "fascisants" du franquisme.

Titre du livre : La fabrique de la première archéologie franquiste (1939-1956)
Auteur : Francisco Gracia Alonso
Titre original : La arqueología durante el primer franquismo (1939-1956)
Nom du traducteur : (non traduit)
Date de publication : 01/01/09
N° ISBN : 9788472904620
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