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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens.

Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012. 

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Poétique élémentaire
[mercredi 01 septembre 2010 - 00:00]
Cinéma
Couverture ouvrage
Les images de l'eau dans le cinéma français des années 1920
Eric Thouvenel
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
336 pages / 17,10 € sur
Résumé : L'eau s'avère une vivifiante matière à re-penser la "Première Vague" du cinéma français, dans une étude irriguée par l'analyse de films.
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Le titre de ce livre annonce un projet d'étude, en vertu duquel les études cinématographiques pourraient s'enrichir de la posture épistémologique et des méthodes analytiques développées par les études poétiques de Gaston Bachelard. Parmi les essais fameux du philosophe, qui conjoignent ses préoccupations pour la poésie et les sciences physiques et chimiques, en étudiant l'imaginaire des quatre Éléments, c'est bien sûr celui consacré à l'eau, L'Eau et les rêves. Essai sur l'imagination de la matière  ) qu'évoque le titre du livre d'Éric Thouvenel. Éveillant de telles attentes chez son lecteur, il ne les déçoit pas, et même, les dépasse. Son travail s'avère bien plus qu'une ré-application de Bachelard, même si celui-ci est, comme il se doit, cité et salué. La filiation relève plutôt de l'inspiration renouvelante, ne serait-ce que de par le déplacement du champ d'application textuel à celui des images, du cinéma muet. Le résultat est si probant, qu'après lecture des Images de l'eau dans le cinéma français des années 1920, on est porté à espérer de futures études dans ce sillage. Comme Bachelard sut inspirer Thouvenel, le livre de Thouvenel pourrait en inspirer d'autres ; car on imagine d'aussi passionnants livres sur le feu, l'air ou la terre, et encore l'eau, étudiés dans d'autres ensembles de films que celui du cinéma français des années 1920.


Pourquoi s'intéresser à ce contexte précis ? Ces années de jeunesse du cinéma français (puisque le Cinématographe Lumière est breveté en 1895) font figure de "laboratoire expérimental" . Comme le rappelle Thouvenel dans son introduction : "Universitaires, chercheurs, historiens, critiques, programmateurs s'accordent en effet à dire qu'entre la fin de la Première Guerre mondiale et la généralisation du parlant, s'est joué en France quelque chose de décisif pour l'évolution des formes cinématographiques [et] s'est développée avec le plus d'opiniâtreté l'idée que le cinéma est un art." 
Cette idée n’était certes pas absente de la vogue antérieure des "Films d’Art" (apparus en 1908 avec L’Assassinat du Duc de Guise), qui cherchèrent à conférer ses premières lettres de "noblesse" au cinéma en filmant des drames dont tous les rouages (auteurs, comédiens, costumes, mise en scène, etc.) venaient du théâtre le plus académique. Mais de cette légitimation/valeur ajoutée de décorum, ni le cinéma ni le théâtre ne sortaient vraiment grandis. La décennie suivante (1920-1930) se caractérise en revanche par la volonté de certains cinéastes de trouver leur propre légitimation artistique. Exit les films "de répertoire". Place aux recherches sur/par les procédés filmiques : montage, cadrage, angle de vue, échelle de plan, mouvement de l'image, ralenti, accéléré, défilement inversé du film, image en négatif, surimpression, etc. Recherche aussi bien pratique que théorique, puisque ces cinéastes accompagnent alors souvent leurs réalisations filmiques d'écrits réflexifs. Ceux-ci s'avèrent aussi importants, voire parfois davantage, que leurs films, pour la compréhension du cinéma dans ses puissances ; et leur valeur est à ce titre appréciable aujourd'hui encore. Dans cette remarquable effervescence créative, où nous replonge le livre d'Éric Thouvenel, on trouve notamment les œuvres de Jean Epstein, Abel Gance, Marcel L'Herbier, Germaine Dulac, Louis Delluc, Jean Renoir et Jean Vigo.

Titre du livre : Les images de l'eau dans le cinéma français des années 1920
Auteur : Eric Thouvenel
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
Collection : Le Spectaculaire
Date de publication : 30/11/99
N° ISBN : 2753509999
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1 commentaire

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MM

04/09/10 10:04
Bonjour Emilie,

Un mot simple pour vous dire que j'admire la justesse de votre commentaire et l'efficacité de la métaphore filée.

Elle laisse s'écouler le plaisir du cinéma à la puissance "courant".

Continuez d'irriguer notre culture d'une belle source de vie car si les petits ruisseaux font les grandes rivières, il nous manque peut-être une critique du livre plus pratique du genre, force de propositions de tournage, qui aurait permis de prendre un peu d'air sur l'eau.

Une façon directe de vous remercier pour votre belle critique et de vous souhaiter une bonne continuation de la critique, dans la place de l'eau dans sa modernité. Ce n'est pas pour citer Waterworld mais bien pour mettre au coeur de l'actualité, la question aquatique. Enjeu légendaire s'il en est, des luttes géopolitiques.

Cordialement vôtre.

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