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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Femme internée
[mardi 24 août 2010 - 11:00]
Histoire
Couverture ouvrage
L'affaire Rouy - Une femme contre l'asile au XIXe siècle
Yannick Ripa
Éditeur : Tallandier
295 pages
Résumé : L’asile du XIXe siècle : son arbitraire, sa violence et sa dénonciation.
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Le triste quotidien d’un asile au XIXe siècle

À travers cet exemple, l’auteure donne à voir l’ordinaire de la vie asilaire : la promiscuité, la saleté, la violence… celle de la camisole, celle de l’isolement, celle de la douche. Pour le cas d’Hersilie s’ajoute à ces souffrances celle de se voir privée de son identité : à son arrivée à Charenton, en effet, elle est inscrite sous le nom de Chevallier, celui de sa mère. Ses réclamations incessantes pour que son identité soit rétablie, comme ses exigences et son indocilité, son intelligence même parfois, ne font que nourrir le diagnostic qui fait d’elle une aliénée – suspecte d’abord de "monomanie religieuse" en raison de son goût pour le spiritisme, puis qualifiée de "folle lucide" par le théoricien de ce concept, l’aliéniste Ulysse Trélat  , considérée atteinte d’une "monomanie ambitieuse et raisonnante"   aux faibles chances de guérison… au fur et à mesure de ses internements. Leur succession et la déception des espoirs de sortie d’Hersilie semblent altérer son raisonnement et lui font imaginer une parenté royale ; elle fait de son cas une affaire dynastique – elle revendique sa ressemblance avec la duchesse du Berry, signe "sœur du roi Henri V"   ou "l’anté-Christ"  . Dans des réclamations plus ou moins étranges ou plus ou moins lucides, Hersilie Rouy ne cessera cependant de demander justice, de dénoncer les méthodes asilaires, utilisant tous les moyens et tous les supports à sa disposition lorsqu’on la privait d’encre et de papier, pour écrire et alerter les pouvoirs publics.

Du cas d’Hersilie Rouy au combat des antialiénistes

Ce n’est qu’en 1868, grâce au soutien charitable et passionné du receveur des Hospices d’Orléans et de son épouse, qu’Hersilie Rouy sortira définitivement de l’asile. C’est sur ce "dénouement romanesque"   que s’achève la première partie. Yannick Ripa s’attache ensuite au combat d’Hersilie pour obtenir sa réhabilitation et à "l’affaire" proprement dite. Elle tente de dénouer l’intrigue familiale à l’origine de l’internement d’Hersilie, s’intéresse à la fascination de quelques protecteurs pour le destin de cette dernière – et à leur fascination pour la prétendue ascendance royale d’Hersilie -, enfin à la façon dont ce cas individuel s’est inscrit dans le combat politique des antialiénistes notamment de Léon Gambetta et d’Yves Guyot contre la loi de 1838.


L’ouvrage est à la fois un récit palpitant tant les péripéties contraintes d’Hersilie Rouy sont nombreuses, une enquête précise et documentée sur la vie de celle-ci mais aussi sur les différents hospices où elle a été enfermée, sur le corps médical, sur l’administration et plus largement encore sur le regard que porte le XIXe siècle sur la folie ou même sur les femmes qui ne se conforment pas à l’idéal féminin qu’il a construit. Il restitue enfin le "goût de l’archive"   en croisant de nombreuses sources, en dévoilant leur richesse comme leurs silences et en laissant entrevoir le plaisir de l’historienne à les découvrir et à les confronter.

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