Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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À la croisée des différents champs de recherche de l’auteure, histoire des femmes, histoire de la folie, histoire des représentations, le livre de Yannick Ripa, L’affaire Rouy, une femme contre l’asile au XIXe siècle, retrace l’itinéraire d’Hersilie Rouy en deux temps : celui de son enfermement dans plusieurs asiles successifs, celui de sa bataille pour faire reconnaître l’arbitraire de ces internements. Il est aussi le "cheminement d’une recherche" entre les écrits d’Hersilie elle-même (les Mémoires d’une aliénée sont parues, de façon posthume, en 1883) ou de ses soutiens, les rapports des aliénistes pour lesquels elle est devenue un cas d’école, les articles de presse qui ont fait de ses malheurs un fait divers, les prises de position des politiques qui y ont vu une preuve des dérives de l’aliénisme et de la nécessité de réformer la loi de 1838.
L’entrée dans le monde asilaire
En 1854, Hersilie Rouy est professeure de piano et une musicienne d’une relative notoriété lorsqu’elle est arrêtée à son domicile, rue de Penthièvre, pour être conduite à Charenton. L’enquête minutieuse et prudente de l’auteure montre qu’elle doit très certainement cette entrée dans le monde asilaire à son demi-frère, dont les constantes mais discrètes interventions contribueront pour partie à sa longue errance dans le labyrinthe asilaire. Quoi qu’il en soit, son admission dans cet hospice "à la pointe de l’aliénisme" est illégale puisque la demande d’internement tait le nom du demandeur. De Charenton, Hersilie Rouy est envoyée à La Salpêtrière. Puis elle est transférée en province, à Fains d’abord, à Maréville ensuite, à Auxerre en troisième lieu, enfin à Orléans. Sur la pathologie ou l’absence de pathologie d’Hersilie au moment de son internement, Yannick Ripa, fidèle à son "parti pris" initial, celui "d’entraîner le lecteur dans [les] méandres [de la recherche], de le confronter aussi aux contradictions et aux questions sans réponse" ne tranche pas mais il apparaît d’une part que son cas souffre des préjugés de son temps à l’égard d’une femme, célibataire qui plus est, ayant en sus l’âge de la ménopause. Il est indéniable en outre "qu’au fil de ses internements, et donc des pages de ce récit asilaire, on a suivi la montée chromatique des errements de sa raison" .
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