On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
À la mort d’Aimé Césaire (1913-2008), Romuald Fonkoua, qui enseigne les littératures francophones aux universités de Strasbourg et de Middlebury (Vermont, U.S.A.), avait signé l’une des plus belles nécrologies alors consacrées au poète et homme politique martiniquais. Rien d’étonnant, donc, à ce que les éditions Perrin se soient adressées à cet universitaire reconnu, par ailleurs rédacteur en chef de la revue Présence Africaine, pour écrire la vie de Césaire – même si de son propre aveu, le biographe n’a rencontré son sujet que trois fois.
Après un "prologue" qui nous livre "quelques instantanés" de Césaire, sur les vingt dernières années de sa vie, l’ouvrage s’organise autour des principaux moments – et monuments – de l’œuvre littéraire, en les mettant en relation avec leur contexte historique et politique. Le Cahier d’un retour au pays natal (1939), la revue Tropiques (1941-1945), le Discours sur le colonialisme (1955), la Lettre à Maurice Thorez (1956), La tragédie du roi Christophe (1963) constituent ainsi autant de balises, dans cette vie de Césaire, que de jalons dans l’histoire littéraire et politique de la France au XXe siècle. Fonkoua est en cela parfaitement fidèle à l’écrivain qui, en fondant le Parti Progressiste Martiniquais, avait choisi "comme emblème la fleur de balisier, dont le fruit, la balise, a pour homonyme le terme désignant un repère ; le symbole est clair" . Ce faisant, le biographe rend aussi parfaitement compte de l’importance croissante qu’a pris la parole de Césaire dans l’ensemble du monde noir : celui qui proclamait, dans le Cahier, vouloir être "la voix des sans-voix", et sommer ainsi sa "négritude" de "produire de son intimité close la succulence des fruits", est en effet devenu un phare et ses vers un étendard – ceux que je viens de citer feront d’ailleurs la légende de l’affiche, dessinée par Picasso, pour le premier Congrès des écrivains et artistes noirs de 1956 .
Si les grandes étapes biographiques sont aujourd’hui aussi bien connues qu’intelligemment retracées, ici, par Fonkoua (la jeunesse martiniquaise, l’amitié nouée avec Léopold Sédar Senghor lors du passage par la khâgne parisienne, puis l’Ecole normale supérieure, le mariage avec Suzanne Roussi et les années d’enseignement et d’activisme culturel à Fort-de-France, sous l’Occupation, l’entrée en politique, de la mairie au Palais-Bourbon, et de l’adhésion à la rupture avec le communisme…), la nouveauté de l’ouvrage tient surtout à la qualité de son travail d’archives. Fonkoua a su tirer parti de documents inédits – comme le "questionnaire biographique", rempli par Césaire le 7 décembre 1945, pour le compte du Parti Communiste français, et reproduit puis commenté pages 110 à 115 – et de divers articles de presse ou de revue – comme ceux du débat entre Louis Aragon, Aimé Césaire et René Depestre sur les rapports entre "poésie nationale" et "art poétique nègre", dans Les Lettres françaises et Présence Africaine (chapitre VI), ou encore les polémiques autour de la Lettre à Maurice Thorez, dans les journaux France-Observateur, L’Humanité, et Justice aux Antilles (chapitre VIII) pour révéler la dimension pleinement stratégique des divers positionnements de Césaire.
Aucun commentaire