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Couverture ouvrage

Cass R. Sunstein
Princeton University Press , 272 pages

Par le peuple et pour le peuple, mais pas sans l'état
[dimanche 02 décembre 2007]


Dans cet ouvrage, Cass R. Sunstein questionne la notion de démocratie à l'heure de la révolution numérique.

Pour Cass R. Sunstein, la démocratie ne doit pas seulement être légitime, elle doit aussi être efficace car c'est d'abord un outil de discussion et de partage collectif de l'information. D'où son intérêt pour les outils offerts par les nouvelles technologies et leur application à la délibération populaire. D'un point de vue méthodologique, Cass R. Sunstein fait la remarque que nous ne sommes pas omniscients. Il défend le point de vue d'un optimiste sceptique et se pose la question de savoir comment il sera possible de gérer les conséquences de l'explosion des moyens de communication et l'implication de chacun dans les prises de décision publiques.

La première édition de cet ouvrage avait été écrite avant le 11 septembre, la version 2.0 tient compte des remarques faites par les lecture qui trouvaient Sunstein un peu trop dur avec Internet. Elle expose aussi tous les moyens originaux qui ont été empiriquement développés par les internautes depuis lors : blogs, wikis, etc.  D'une façon générale, cette nouvelle version se place donc elle-même dans un cadre délibératif a-la-2.0 et accorde une large place aux objections et aux remarques qui avaient été faites à la première.

La première préoccupation de Sunstein tient surtout à la possibilité pour les gens de sélectionner l'information à laquelle ils veulent avoir accès. Contrairement à la société traditionnelle, l'environnement numérique permet de choisir ses sources d'information, soit de façon automatique comme le fait amazon quand il vous conseille les livres similaires lus par les autres visiteurs, soit de façon délibérée quand on organise sa page personnelle sur netvibes.

Ces évolutions ont de nombreux effets positifs, mais il est important de se demander quel pouvoir elles donnent aux entreprises privées sur la démocratie, comment elles transforment l'écosystème informationnel des citoyens, et en définitive, quelles sont les pré-requis nécessaires à un système de délibération démocratique qui améliorerait les libertés individuelles ? Nos sociétés modernes se sont surtout occupées de placer des limites au pouvoir de censure des gouvernements, et d'apporter des protections aux libertés fondamentales des citoyens. Mais les menaces qui se présentent aujourd'hui sont nouvelles et requièrent de nouveaux outils conceptuels et techniques.

D'une part, il est important de préserver la pluralité de l'information. Il faut éviter que les gens ne se retrouvent exposés qu'à des informations qu'ils auraient sélectionnées à l'avance. D'autre part, il faut préserver la capacité des gens à partager des expériences communes et à appartenir simultanément à des communautés différentes.

Pris du point de vue de la démocratie, Sunstein décrit donc comme un cauchemar l'idéal médiatisé de l'internet 2.0 où l'individu est devenu une commodité qu'on s'échange via les termes de «visites» ou de «taux de trafic.» Rémunérés via les informations qu'ils collectent sur leurs visiteurs, les sites internet ont intérêt à les retenir le plus possible, et donc à les confiner dans des enclaves informationnelles. La solution proposée par Sunstein tient compte les évolutions empiriques constatées depuis plusieurs années. Elle consiste d'abord à développer le sens citoyen des internautes ainsi que leur compréhension des mécanismes qui sont en jeu. Sur ce point, le rôle du gouvernement sera de s'assurer de la neutralité des moyens de communication et d'empêcher un sites donné d'isoler ses membres du reste de l'internet.

Sunstein refuse donc de céder aux sirènes de l'auto-régulation prônées par les professionnels de l'Internet. Le rôle de l'état restera fondamental pour assurer le développement démocratique du réseau. La question n'est pas de savoir s'il faut ou non réglementer Internet, mais plutôt de se demander comment.

Sur ce point, Susntein adopte une attitude très nord-américaine en mettant l'accent sur l'importance de protéger le «free speech», la liberté de conscience. De façon originale, il met l'accent sur le rôle des intermédiaires dans son développement sur Internet. En définitive, ce sont eux qu'il faut protéger car ils assurent la transmission des informations entre les groupes hermétiques qui peuvent se développer sur le réseau.

 

* Lire le dossier complet de nonfiction.fr sur le numérique

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