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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Panorama de la Grèce ancienne
[vendredi 20 août 2010 - 17:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Chronologie de la Grèce antique
Paulin Ismard
Éditeur : Points
233 pages / 7,60 € sur
Résumé : Un petit livre qui retrace pourtant de manière très complète toute l’histoire de la Grèce. Un bon instrument de travail pour les étudiants et les non-spécialistes.  
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Ces remous politiques s’accompagnent d’un approfondissement de la pensée, tant philosophique avec la création de l’Académie de Platon en 387 puis du Lycée d’Aristote en 335, que juridique et économique avec l’écriture des Poroi (Sur les revenus) de Xénophon en 355 et l’instauration des dikai emporiai en 350, qui permettent aux métèques et aux étrangers de déposer une plainte pour une affaire commerciale. A compter de la bataille d’Amorgos commence ce que l’on appelle depuis l’Histoire d’Alexandre le Grand de Gustav Droysen parue en 1833 l’époque "hellénistique", qui s’achève avec les premières interventions romaines en 229. Une nouvelle fois, Paulin Ismard refuse d’entériner ce qu’il considère comme un cliché, insistant sur le fait que la période se caractérise moins par une aspiration à l’unification que par les affrontements entre les généraux d’Alexandre puis leurs descendants pour la maîtrise de l’empire, ainsi que par un intérêt nouveau pour les "sagesses barbares"  .

 

Ainsi, la ville d’Alexandrie en Egypte devient l’un des principaux centres culturels et intellectuels du monde grec à partir de la fondation en 290 du Musée (sanctuaire des Muses) et de la Bibliothèque par le souverain Ptolémée Ier. Une poésie particulièrement érudite et raffinée se développe, avec les oeuvres d’Apollonios de Rhodes, de Callimaque et de Théocrite rédigées autour de 250, tandis que des écoles philosophiques naissent (scepticisme en 320, stoïcisme en 301, épicurisme en 306) et qu’Euclide qui publie les Eléments en 290 ou Archimède de Syracuse (287-212) s’illustrent dans le domaine de la science. Sur le plan politique, à partir des deux guerres des diadoques (les "successeurs", soit les généraux d’Alexandre) en 321 et 319, s’opère progressivement un partage de l’empire du conquérant macédonien : les Lagides (descendants de Ptolémée) occupent l’Egypte et Chypre, les Antigonides la Macédoine, les Attalides (héritiers de Lysimaque, puis d’Attale à partir de 260) l’Asie mineure et la Thrace, les Séleucides issus de Séleucos l’Asie. La bataille d’Ipsos en 301 entérine ce partage, ainsi que la paix signée en 278 entre le séleucide Antiochos et le roi de Macédoine Antigone Gonatas, qui marque la reconnaissance tacite d’un partage Europe/Asie. L’exemple de Ptolémée auto-proclamé roi en 305 et immédiatement suivi par les autres généraux ne réduit pas pour autant à néant le rôle des cités, et s’accompagne même d’une importance nouvelle prise par les ethnai (peuples) comme le montre le rôle décisif des Etoliens, "puissance de première importance dans la Grèce du IIIe siècle"  , dans la victoire contre les Gaulois en 280.

 

L’importance de l’époque hellénistique

 

Si l’influence romaine, notamment dans les échanges commerciaux, se fait sentir dès le début de l’époque hellénistique, "la première intervention directe de Rome dans les affaires grecques"   est le traité d’alliance conclu en 212 avec les Etoliens contre Philippe V de Macédoine allié à Hannibal. Le conflit a pour objet l’Illyrie, occasion d’une première victoire romaine en 229. A compter de cette date, la période est marquée par l’affirmation progressive de l’impérialisme romain, qui se double cependant d’un sentiment d’infériorité des élites romaines envers la richesse de la culture grecque. Ainsi, dès 194, après la victoire des Romains sur la Macédoine en 197, le proconsul Flaminius emporte au cours du retrait de ses légions de nombreuses oeuvres d’art, opération répétée en 146 après le sac de Corinthe qui met fin au soulèvement des Achéens, puis en 87 par Sylla après son siège victorieux d’Athènes alliée au roi du Pont Mithridate. Les royaumes hellénistiques sont peu à peu démantelés : en 188, la paix d’Apamée marque le démembrement de l’empire séleucide ; en 168, la victoire écrasante de Paul-Emile à Pydna met fin au royaume macédonien ; et le testament d’Attale III en 133 léguant son royaume à Rome amène la transformation de l’empire attalide en province d’Asie. Si les Lagides restent au pouvoir en Egypte jusqu’à la défaite de Cléopâtre VII à Actium en 31, Paulin Ismard choisit précisément de ne pas suivre les historiens qui prennent habituellement ce repère, considérant que l’influence de Rome sur la dynastie lagide est déterminante dès la difficile accession au trône de Ptolémée XII en 80. Aussi "à l’échelle du monde grec, les années 80 doivent être privilégiées" pour marquer la fin de l’époque hellénistique.

 

Ce choix, principale originalité de cette Chronologie, pourrait être davantage justifié : ainsi l’ouvrage aurait sans doute gagné à comporter une conclusion, afin de mieux montrer la féconde postérité de "la culture de la cité-Etat qui servait de fondement à un monde pensant son unité avant tout comme culturelle"  . Mais l’ouvrage de Paulin Ismard, en procédant par de courts rappels historiographiques utiles et en insistant, à la suite des travaux d’E. Will, sur la richesse méconnue de la période hellénistique, parvient à maintenir l’équilibre délicat entre la pure chronologie événementielle et la réflexion historique.

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