On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Il rappelle certaines distinctions lexicales et sémantiques importantes pour dénoncer les abus de langage et recadrer les choses : notamment, la différence entre "parentalité" et "parenté" ; l’emploi abusif et anachronique de l’adjectif "judéo-chrétien" ; l’apologie de la Grèce Antique présentée comme un modèle civilisationnel, alors qu’il s’agissait concrètement d’une société esclavagiste ; la différence entre le couple femme-homme aimant – il insiste énormément sur la notion de couple désirant – et le couple mythique "hétérosexuel" ; etc. Par ailleurs, il nous sort de l’habituel traitement victimisant de l’homophobie pour la présenter sous un jour plus réaliste, à savoir comme une hétérophobie masquée, une peur-mépris de la différence (des sexes entre autres) : "Est-ce l’homophobie qui empêche les couples d’homosexuels de devenir des parents ‘à part entière’ ? N’y aurait-il pas plutôt dans nos sociétés une espèce d’hétérophobie, au sens de la haine de la différence ?" . Jean-Pierre Winter met sur le tapis les conséquences troublantes du rejet d’"altérités fondamentales" telles que la différence des sexes (celle dont nous sommes issus, est-il besoin de le rappeler…) opérée par le couple homosexuel : "le déni de la différence la plus universelle et la plus lourde de conséquence : la différence des sexes, sous-tendant le déni de la différence entre la vie et la mort" . Concernant le projet de loi sur l’homoparentalité, il se situe du point de vue concret de l’enfant, et sort des considérations poétiques d’"adultes entre adultes" au nom de l’enfant : "on peut se demander si c’est bien l’enfant qu’il s’agit de protéger, ou plutôt le partenaire du parent légitime qui craint d’être rejeté par l’enfant qui n’est pas légalement le sien. C’est pourquoi il veut établir un lien légal avec l’enfant. La ‘prévention’ protègerait donc le ‘non-parent’, alors qu’il pourrait adopter, plutôt que l’enfant" .
Rares sont les essais montrant une résistance aussi claire (éclairante même !) et aussi peu haineuse à la revendication d’une minorité de militants homosexuels ou gay friendly – qui se fait passer, grâce aux médias, pour majoritaire. Qui a dit, lorsqu’on est homosexuel soi-même, ou bien défenseur d’une reconnaissance du désir homosexuel et du respect des couples homosexuels, qu’il fallait obligatoirement cautionner tous les droits demandés par la communauté homosexuelle au nom de la sacro-sainte "égalité" ? (droit à l’adoption, reconnaissance des "familles" homoparentales, droit au "mariage gay", etc.). Bien des résistances à l’homoparentalité et à d’autres droits réclamés par certains militants LGBT zélés sont exprimées, non seulement par des gens non-homos mais aussi par des personnes homos. Certaines réclamations font presque l’unanimité, d’autres dérangent, divisent, et là encore, on se rend compte de l’extrême diversité des opinions et des désirs au sein même de la communauté homosexuelle. Loin de nous inquiéter, ces résistances doivent nous encourager à analyser "ce qui coince". Car ce n’est pas parce que, au niveau des droits, la communauté homosexuelle a besoin de certains cadres juridiques pour assurer sa sécurité, sa reconnaissance, et son bonheur, qu’elle doit voir se réaliser tous ses désirs sans exception. Même si les mots "droit" et "désir" commencent par la même lettre, ce n’est pas une raison pour que tous nos désirs personnels – et parfois nos fantasmes les plus farfelus –, même bien intentionnés, fassent loi, régissent le Réel et l’Universel, et soient gravés sur la pierre pour l’ensemble de la communauté humaine![]()
65 commentaires
Anonyme
APM
Maman (et accessoirement homoparent) d'un enfant de 3 ans et 4 mois, je remercie l'auteur de cette recension de me rappeler au bon souvenir de JP Winter.
Invité depuis de nombreuses années comme courageux pourfendeur de l'homoparentalité sur tous les plateaux télé et radio de Françe et de Navarre, je conçois aisément qu'il ait cédé à la tentation d'écrire un livre "audacieux" par son contenu tant il est totalement imperméable aux nombreuses études scientifiques disponible sur la question.
L'ignorance ne connait pas de limites.
Quant au bon écu sonnant et trébuchant, il ferait vendre homo-père et homo-mère ...
Anonyme
Pure spéculation. On n'est pas là pour spéculer en vain. On parle d'un article qui existe et qui est réel, pas d'une supputation bizantine. Quand un article est mauvais, on le corrige et s'il est trop mauvais on ne le publie pas. C'est à la rédaction de reconnaître ses torts 1 : à son auteur ; 2 : au responsable des gender studies.
Jérôme
On croit rêver! Il se trouve que, de fait, je considère l'article en question mal fait et partisan, mais je suis outré qu'on puisse appeler ainsi à la censure! Évidemment, s'il s'agissait d'une recension dithyrambique d'un livre de Badiou ou d'Onfray, nul ne songerait à réclamer sa censure.
VOLTAIRE où es-tu? AU SECOURS!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Lecteur