Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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Libres de le dire est la transcription de conversations entre la romancière et poète Taslima Nasreen, originaire du Bangladesh, et la journaliste française Caroline Fourest. Toutes deux sont des figures connues des luttes féministes contre toutes les formes d’intégrismes – intégrisme qui est défini comme une instrumentalisation des religions à des fins politiques liberticides et dominatrices . Articulé en dix conversations, l’ouvrage est précédé d’un avant-propos de Caroline Fourest qui restitue le contexte de ces dialogues et se clôt par un "Épilogue autour de l’universel". Elle y précise les menaces lancées contre elles par les islamistes, suite à leurs publications respectives, et l’exil de Taslima Nasreen consécutif à ces menaces .
L’ouvrage est une mine de réflexions croisées sur les intégrismes et les moyens de les combattre, sur la valeur de la liberté de parole et d’écrit, sur les notions de démocratie et d’universalisme, enfin sur l’athéisme. Les deux protagonistes argumentent sereinement, d’accord sur le fonds des choses, mais pas toujours sur les moyens à employer, en raison de leur appartenance à des situations politiques et culturelles forts différentes – l’une issue d’un pays musulman asiatique, l’autre d’un pays laïque européen. L’ouvrage montre bien que les propos laïques de Taslima Nasreen déchaînent la haine et la colère des islamistes, alors que le même type de propos tenus contre la religion catholique ne génère pas cet effet. Elles n’hésitent d’ailleurs pas à expliquer leurs parcours et leurs influences, qui ont forgé la spécificité de leur militantisme, depuis leur enfance et leurs premières rébellions jusqu’à l’âge adulte. Leur franchise dans l’expression de leurs origines permet de saisir leurs motivations, ce qui les a amenées à entrer en résistance.
Caroline Fourest explique ainsi ses premiers engagements, menés tout d’abord contre le Front National : "Mon rejet de l’intégrisme est lié à mon allergie pour toute mentalité sectaire ou d’extrême-droite. Au fond, l’une des choses que je détestais depuis tant d’années chez les gens qui se présentaient à moi comme catholiques, c’était leur côté intolérant, moutonnier, réactionnaire. Je n’aime pas non plus l’attitude sectaire et doctrinaire quand elle vient de la gauche." Caroline Fourest revient dans les entretiens sur ce travail contre l’intégrisme catholique, notamment contre ses commandos anti-IVG, dont la revue ProChoix diffusait (et continue à diffuser) les luttes.
Quant à Taslima Nasreen, elle affirme tout au long de l’ouvrage son désir de s’élever, par son activité de "libre-penseur", contre "les inégalités et injustices que subissent les femmes." Mais "malheureusement, c’est la religion qui opprime le plus les femmes, particulièrement dans les pays islamiques." Taslima Nasreen se révèle beaucoup plus radicale en ce qui concerne les religions, et particulièrement la religion musulmane, en raison du rôle qu’elle réserve aux femmes. Elle est convaincue que la religion est incompatible avec les droits des femmes et ne peut coexister avec la démocratie : "Je rêve d’un monde sans religion. J’ai le droit de rêver, et j’ai le droit d’en parler" . Caroline Fourest est, pour sa part, convaincue que la cohabitation est possible, si les croyant-e-s font passer les droits humains avant leur foi , soulignant qu’en France 70 % des musulmans disent apprécier et respecter la laïcité, mais que leurs voix sont peu audibles dans les médias. En cela, les deux écrivaines sont lucides et leurs positions compréhensibles. Par contre, Caroline Fourest émet à plusieurs reprises des propos importuns sur les animaux, semblant méconnaître les formes d’affection, d’intelligence et de sociabilité qu’ils déploient . Pour une personne qui lutte contre les dominations, ce biais est étonnant, malgré la diffusion plutôt renouvelée des travaux antispécistes. Ce biais évoque la morale judéo-chrétienne, qui réserve une position sacrée aux humains, au-dessus des autres animaux.
10 commentaires
henriette
Anonyme
ben
C'est ainsi que Caroline Fourest se présente...Est-elle journaliste et lutte-t-elle contre toute forme de domination ?
On vit une époque orwellienne, et les mots sont mis au service d'une logomachie (langue de combat). Ainsi l'extrême-droite hollandaise prétend, elle aussi, lutter contre l'intégrisme, l'antisémitisme, l'homophobie et pour la laïcité....
Voyons ce que nous dévoile l'ouvrage quant à la question.
Ainsi, Caroline Fourest révèle qu'elle est l'auteure du manifeste néoconservateur paru dans la presse réactionnaire mondiale (et en exclusivité, s'il vous plaît dans le frenchie Charlie's Hebdo !) appelé "MANIFESTO: Together facing the new (islamic) totalitarianism". C'était en 2006. Bush était alors au pouvoir, pas question de remettre en cause la vision dominante de l'islam et de la menace islamiste comme d'une menace comparable au nazisme et au communisme.
Arrive l'élection de Nicolas, Philippe Val rejoint la direction de France Inter, quand Caroline Fourest arrive à France Culture et Le Monde...en attendant France 2.
Mais ce n'est pas tout. A l'instar d'autres chiens de garde de la Réaction qui vient (citons Dray, Boutih, Amara, Ferry...) Caroline Fourest révèle qu'elle s'est vue propose un poste politique de premier plan.
Alors, s'il s'agit de journalisme, il s'agit d'un journalisme-à-gage au service des dominants...(rappelons que Caroline Fourest reçut un prix littéraire de l'Assemblée Nationale des mains de Jean-Louis Debré)
trebig
Bien à elle
trebig