On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Cet enracinement dans les droits conçus comme défenses d’intérêts mène donc assez naturellement au pluralisme éthique, et permet à Hicham-Stéphane Afeissa de critiquer dans une troisième partie une vision trop linéaire et moniste de l’éthique environnementale, conçue comme prolongement d’un mouvement historique d’extension de la communauté morale ; le dualisme simpliste sous-entendu par cette vision (dualisme entre ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors, sans statut intermédiaire possible) ne serait qu’un avatar de l’anthropocentrisme occidental.
L’argument principal de cette critique est, avouons le, assez étrange : la définition d’un critère tranché reviendrait toujours à poser une limite, donc à exclure ceux qui ne remplissent pas ce critère. Aborder la "non-inclusion" en termes d’exclusion, terme très connoté négativement, pourrait passer pour un tour de passe-passe un peu sophistique ; mais il faut le comprendre à la lumière du but que Hicham-Stéphane Afeissa veut atteindre : la nécessité de dépasser une conception de l’éthique environnementale comme recherche générale et abstraite vers une relation morale différentiée et circonstanciée.
Le livre d’achève sur une invocation de Derrida, dont Hicham-Stéphane Afeissa s’inspire pour dénoncer toute forme explicite de norme (des règles, qui ne serait finalement que l’instrument d’une "bureaucratie morale") au profit du jugement personnel face à la situation particulière, guidé par l’intuition.
L’éthique environnementale est-elle bien une affaire de sagesse privée ?
Il est vraiment dommage que les conséquences de ce positionnement ne soient pas explorées plus avant ; s’en remettre in fine à l’intuition morale et abandonner tout espoir de construire une éthique objective nous place devant l’alternative suivante : ou faire de l’éthique environnementale une sagesse privée, une sorte d’exercice spirituel visant à développer notre sensibilité à la valeur de la nature et notre sens du respect de celle-ci, ou renoncer au principe même de l’Etat de droit, qui veut que la norme, traduite dans la loi, soit explicite, et le moins possible soumise à interprétation subjective.
On retrouve dans cette difficulté le malentendu analysé au début de l’ouvrage : ce n’est pas le principe d’une éthique environnementale (le fait qu’il y ait un enjeu moral dans nos rapports avec notre environnement) qui fait problème, mais sa place et son rôle en tant qu’instrument ou référence politique. Si l’éthique environnementale en reste à l’intuition, quelle revendication politique peut-on espérer fonder sur elle ?
L’éthique humaniste a été un formidable outil de lutte politique tout au long des XIXème et XXème siècles, parce qu’elle permettait d’exhiber des contradictions scandaleuses entre une idéologie du progrès et ses conséquences sur la vie réelle des individus. Mais cela ne veut certainement pas dire qu’une éthique environnementale pourrait jouer le même rôle pour les combats de l’écologisme politique, tout simplement parce que la critique humaniste agissait au sein d’un système politique qui était lui-même fondé sur les valeurs humanistes, alors que l’éthique environnementale est radicalement hétérogène à nos institutions et qu’elle ne pourrait que venir s’imposer de l’extérieur.
Ecologisme et action politique militante
Ce n’est pas donner raison à Luc Ferry de constater que le minimalisme moral est aujourd’hui encore dans le camp du progressisme politique. Dans ces conditions, le projet d’une éthique environnementale et l’écologisme conçu comme action politique militante paraissent encore aussi peu miscibles que l’huile et l’eau : on peut même faire l’hypothèse qu’ils se nuisent réciproquement l’un à l’autre.
Mais c’est pour cette raison également que l’approche de Hicham-Stéphane Afeissa appelant à complexifier la relation morale de façon à construire des concepts mieux adaptés à la multiplicité des situations d’interaction entre l’homme et son environnement est peut-être la bonne clef pour dépasser les blocages théoriques. Elle invite à rendre plus fluide, pour ainsi dire, la réflexion et à oser explorer de nouvelles méthodes – peut-être à chercher des consensus plutôt que des rapports de force. On ne peut donc qu’espérer que ce court ouvrage soit l’avant-propos ou l’annonce programmatique d’une œuvre plus ambitieuse
7 commentaires
silversamourai
la nature,comme vous dites, en a vu d'autres,et bien pire....
Ce qui est en cause c'est la fin de l'humanité,dans tous les sens du terme....
Les plus vieux textes de l'humanité nous mettent en garde depuis
3000 ans...
Védas,Bible,Taoïsme... commencent tous par nous parler
de la relation homme-nature ....mais comme c'est de la religion...!!
Il n'y a pas de pensée là-dedans!!!
Nous sommes des philosophes...!!
Y'a pas que les Grecs esclavagistes et misogynes,Nom de Dieu!
Bernard