On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Car même à l’Elysée, Jacques Attali continue d’écrire. Il publie huit ouvrages entre 1982 et 1991, avant de quitter Paris pour Londres. Et ses livres ne passent pas inaperçus : on prétend qu’il n’écrit pas ses livres lui-même, on l’accuse de plagiat… La planète Attali n’élude pas la question et lève le voile : Frédérique Jourdaa propose un entretien avec Jane Auzenet, que Jacques Attali présente tout simplement comme "ma documentaliste" et ne manque pas de remercier dans chacun de ses ouvrages. La méthode de travail de l’écrivain est ainsi livrée et chacun jugera ; le débat est clos. Mais pas la polémique : en quittant l’Elysée, Jacques Attali débute une troisième vie qui ne sera pas exempte de remous…
Le blues du businessman : que restera-t-il de Jacques Attali ?
En 1991, Jacques Attali part pour Londres et devient président de la Berd, dont il est le fondateur. Maladroit et peu soutenu par les politiques anglo-saxons, il démissionnera deux ans plus tard suite aux pressions d’une campagne de presse calomnieuse. Indépendamment des erreurs de calcul et de gestion, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement est une réussite : elle a dégagé des bénéfices de 2,4 milliards d’euros de bénéfices en 2006 et 1,9 milliard en 2007, pour un montant d’investissements de 5,6 milliards. Mieux : en 2009, son budget est en augmentation de 20 % (soit 7 milliards d’euros) afin de renforcer son soutien des marchés de l’Est .
Même si les résultats sont là, se faire chasser de la présidence d’une institution qu’on a soi-même créée reste un douloureux échec personnel, et Jacques Attali mettra du temps à s’en remettre. Mais il n’abdiquera pas pour autant ses ambitions universelles. Le 13 octobre 1998, il créé PlaNet Finance pour promouvoir le microcrédit et le rendre accessible partout dans le monde. Et "il y applique tous les préceptes que le cuisant échec de Londres lui a enseignés : prendre son temps, demeurer dans l’ombre, planter profond ses racines, verrouiller son territoire, former ses hommes, tracer sa piste" . Ne comptant ni son temps ni son énergie, Jacques Attali déploie ses réseaux et son savoir-faire pour cette nouvelle organisation internationale, qui appuie aujourd’hui plus de 220 organisations de microfinance et dont 95 % de l’activité se fait dans les pays en voie de développement, pour 40 % en Afrique et au Moyen-Orient, pour 30 % en Asie et pour 30 % en Amérique latine .
C’est que Jacques Attali ne peut se résoudre à disparaître. Il veut laisser sa trace, marquer son siècle (voire même ses siècles ?). Son travail acharné n’est pas une fuite en avant ni une pure quête de gloire immédiate : il veut laisser son empreinte et il ne veut pas qu’on l’oublie. Selon Alain Minc : "Il a tout à fait tort. […] Les touche-à-tout comme lui et moi ne restent pas" . Et pourtant, Jacques Attali y croit, mais PlaNet Finance ne suffit pas. Effectivement touche-à-tout, il cherche la reconnaissance partout : il dirige des orchestres, donne des conférences, invente des pièces de théâtre, anime une émission de télévision , préside des commissions d’experts, conseille les grands patrons... Et il continue à publier un à deux livres par an, pour expliquer sa vision du monde, et surtout sa vision de ce qu’il faut faire pour le rendre meilleur.
Car finalement, Jacques Attali a bien compris qu’il n’est pas un homme de pouvoir. Il est à l’image de Sir Siegmund Warburg, au sujet duquel il a écrit un livre unanimement salué : Un homme d’influence .
Et pour conclure cette recension, restait à interroger le principal intéressé pour lui demander son opinion sur cette biographie (largement) autorisée. La réponse est sans équivoque : "C’est un livre remarquable, très honnête et très complet sur mon travail" . Forcément…![]()
A lire aussi sur nonfiction.fr :
- Jacques Attali, Survivre aux crises, par Vincent Jacob.
7 commentaires
Eric
« leur énergie et leur passion à constituer une doctrine économique pour la gauche, avec un pilier central qui tient en cinq mots : la lutte contre les inégalités. »
« La TVA doit augmenter, les transferts sociaux doivent baisser » (transferts sociaux = prestations sociales).
http://www.politis.fr/Qu-Est-Ce-Que-C-Est-Que-Ca-Les,10586.html#nh2
Nostalgeek
Indépendamment du sujet et des (nombreuses) polémiques autour de Jacques Attali, rares sont les enquêtes de ce type : faire raconter l'Histoire par ses acteurs et confronter les versions des uns et des autres sous l'éclairage des événements.
Il en ressort, sans doute, une vérité moins biaisée que beaucoup d'autres.