Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Brillant et agaçant, charmeur et cinglant, Jacques Attali reste un personnage incontournable de la vie politique et intellectuelle française de ces quarante dernières années. Conseiller spécial de François Mitterrand, fondateur de trois organisations internationales, auteur à succès de plusieurs dizaines d’ouvrages… Ce touche-à-tout inclassable se dissimule derrière un activisme de chaque instant. Il aime que tout le monde le regarde mais ne se dévoile que rarement. Qui est-il vraiment ?
En explorant La planète Attali, Frédérique Jourdaa débusque le personnage, à travers une multitude de témoignages qui racontent sa vie et décodent ses ressorts intimes. Et le livre est à la hauteur du sujet, offrant au lecteur une mosaïque des personnalités aussi disparates que prestigieuses : Jacques Delors, Erik Orsenna, Boutros Boutros-Ghali, Pascal Lamy, Joël de Rosnay, Hubert Védrine, Jean-Claude Trichet…
Au fil des pages, on découvre une personnalité ambivalente, un parcours complexe et une œuvre dense. Mais La planète Attali forme aussi un récit passionnant, à travers les souvenirs des grandes figures interrogées : les acteurs de l’Histoire se racontent eux-mêmes et transforment cette biographie d’un homme en un tableau de notre époque et de ses dirigeants.
Enfance et compagnonnage : des rues d’Alger aux couloirs de Dauphine
Puisqu’il paraît que les motivations profondes des adultes sont les fruits de leur enfance, Frédérique Jourdaa s’est intéressée de près à l’enfance de Jacques Attali, né en 1943 à Alger puis élevé à Paris. Sans s’attarder sur les détails des souvenirs familiaux , les premières années de Jacques Attali sont marquées par la foi judaïque et le désir d’excellence insufflés par le père, mais aussi par le sentiment d’exil, provoqué par le départ d’Algérie : le début d’un nomadisme qui ne fera que s’amplifier avec les années.
Une fois la famille Attali installée à Paris, l’histoire est connue : lycée Janson-de-Sailly, Ecole polytechnique, IEP de Paris, ENA, doctorat d’Economie... Jacques Attali rivalise de bonnes notes avec son frère jumeau Bernard, qui deviendra plus tard PDG d’Air France et patron de la branche européenne du groupe Carlyle. Et malgré des trajectoires très différentes, les deux frères se parlent encore aujourd’hui presque tous les jours .
En 1968, c’est un peu le début dans le grand monde : Jacques Attali est nommé maître de conférences d’économie à l’Ecole polytechnique et se fait repérer par l’université Paris-Dauphine. En 1973, Marc Guillaume, nouveau vice-président de Dauphine, créé l’Institut de recherche et d’information en sciences économiques (le célèbre IRIS) et propose à son ami Jacques, rencontré sur les bancs de l’X, de le rejoindre. Sept années de bonheur partagé, jusqu’en 1981, pendant lesquelles les chercheurs useront leur énergie et leur passion à constituer une doctrine économique pour la gauche, avec un pilier central qui tient en cinq mots : la lutte contre les inégalités .
C’est aussi le commencement des voyages et des publications littéraires : sept ouvrages en sept ans, et ce n’est qu’un début ! En 1980, l’auteur fait une pause et contribue à la création d’Action internationale contre la Faim, mais il n’est jamais très loin d’un stylo : il publie Trois Mondes en janvier 1981, aux prémices de la campagne présidentielle.
Le théâtre de la Mitterrandie : rivalités, jalousies et petits meurtres entre amis
En mai 1981, François Mitterrand devient président de la République, et appelle Jacques Attali auprès de lui. C’est là que commencent les mesquineries et les jalousies, et pour cause : le conseiller fraîchement nommé fait un caprice, il pleure devant le président pour obtenir un bureau attenant au sien et le titre de conseiller spécial . Employer le moyen des larmes pour obtenir quelque chose est inattendu, mais quand on connaît la suite de l’histoire, on peut penser qu’il a eu raison de pleurer…
En tout cas, c’est bien à l’Elysée que Jacques Attali se forge de solides inimitiés, de Jean Glavany qui lui reproche de se gaver de privilèges à Michel Charasse qui l’accuse d’avoir trahi François Mitterrand . Malgré cela, même ses ennemis politiques reconnaissent son talent ; Hubert Védrine résume en disant que le personnage "est simultanément exceptionnel et insupportable" . Mais la publication des Verbatim l’éloignera de beaucoup de monde : certains l’accuseront de tordre l’histoire pour son bénéfice, d’autres prétendront que Mitterrand étaient contre leur publication… .
7 commentaires
djouNe
J'en retiens pour ma part que d'Alger à l'Elysee, l'homme était probablement sincèrement de gauche. Mais on s'aperçoit que de la Berd à Bilderberg, il n'y avait qu'un pas. Allègrement franchi...
Kronstadt
luci2
Un écrivain post moderne dont l'immensité de la diversité culturelle, de l'esprit d'analyse et de synthése ,est d'une trés rare et brillante clairvoyance.
A lire ,à écouter.
Notre époque actuelle l'exigerait pratiquement.
Dans le désert désolant de l'atonie du monde intellectuel,un repére éclairant,un "berger"-guide au travers du chaos du moment.
Auteur qui ouvre les portes,et qui laisse libre.
Un auteur ,un écrivain philosophe,même s'il s'en défend.
Gracchus
Son atelier d'écriture, il faut lui rendre cette justice, est remarquablement organisé. Mais en fait d'auteur, c'est plutôt une PME, qui sait exploiter sa "marque". C'est un représentant de commerce, pas un écrivain.
Electre Hic
L'adage est provocateur et vaut ce qu'il vaut (c'est à dire pas grand chose) mais il illustre la trajectoire de bien des intellectuels nantis qui ont commencé chez Mitterrand pour finir chez Sarkozy.